Jabberwocky – A Dame to Kill For

Alors que la parution des sept tomes de la série s’est achevée il y a quelques semaines dans l’Hexagone, quelques remarques sur ce manga qui, je l’espère, formeront un tout plutôt harmonieux et cohérent.

Jabberwocky est mon premier manga de Masato Hisa. Auparavant, j’avais suivi l’adaptation animée de Nobunagun qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, loin de là. Ensuite il y a eu Area 51, qui partage plusieurs points communs avec Jabberwocky. Mais je ne parlerai que des aventures de Lily et Sabata pour éviter les digressions.

Titre Original : ジャバウォッキー
Année de parution : 2006 – 2009 au Japon ; 2015 – 2016 en France
Nombre de tomes : 7
Catégorie : action, science-fiction, mystère
Auteur : Masato Hisa
Éditeur Français : Glénat
Traduction : Akiko Indei et Pierre Fernande
Prix : 9.15 euros le tome
Extrait à lire
Trailer

Synopsis :
Lardé de références à l’art, au cinéma, aux sciences ou à la littérature, cette œuvre atypique offre un mélange des genres très bien dosé. Son dessin inattendu au Japon évoque immédiatement les pages de Sin city par la composition des planches et le choix d’un travail graphique par aplats.
Dans un décorum très “Angleterre victorienne”, les dinosaures n’ont pas tous disparu, ils ont évolué en êtres intelligents, et se sont cachés de l’humanité pour survivre. Hantés par la peur de leur quasi-extinction, certains ont rejoint l’humanité et ont embrassé diverses causes scientifiques, comme l’astronomie, la chimie et la biologie… D’autres, sont obsédés par leur “droit d’aînesse” sur ce monde et tirent les ficelles de la politique dans l’ombre, quand ils ne tentent pas tout simplement de reprendre la domination du monde aux humains. Les deux protagonistes de l’histoire sont Lily et Sabata Van Cleef. La première est une espionne, alcoolique, reniée par sa famille. Le second, pistolero d’exception, est un dinosaure, plus précisément un oviraptor. Après avoir recruté Lily lors d’une mission en Russie, ils travaillent pour Chateau d’If, une organisation secrète spécialisée dans les faits étranges et les exactions de clans sauriens, exactions impliquant en général la révélation de l’existence des dinosaures ou des bouleversements de la religion et de la science.

Learning by doing

Au fil des pages et des tomes, se dessine une forme d’apprentissage chez Masato Hisa. Du côté de son style graphique d’abord. Celui-ci n’est pas encore achevé (peut-il l’être un jour de ?) au départ, aussi on voit au fil des tomes une meilleure maîtrise dans l’utilisation des aplats de noir et blanc, le rapprochant peu à peu de celui qui l’a inspiré : Frank Miller et Sin City (je précise que Masato Hisa adapte ce style à son manga, ce n’est pas une copie pure et simple mais une adaptation).

Une évolution se repère aussi dans l’agencement des planches. Nous sommes parfois dans la peau d’un archéologue en train de déterrer des fossiles : il faut se repérer avec un début de série qui n’est pas toujours facile à suivre (planche du haut qui s’étire sur les deux pages, agencement des bulles qui ne se lisent pas toutes de gauche à droite, série de coups de feu à déchiffrer au milieu des onomatopées…). Ce phénomène s’atténue par la suite. Le souci de clarté pourra donc poser quelques soucis, au départ, à ceux qui veulent une lecture rapide car il ne faut pas hésiter à relire certains passages plusieurs fois pour mieux comprendre ce qui s’y passe et apprécier tous les détails qui apparaissent au fil des passages. Mais si, comme moi, cela ne vous fait pas refermer le livre, alors vous poursuivrez l’aventure jusqu’au bout. Normalement, vous ne le regretterez pas.

46

Denver n’est pas le dernier dinosaure

Du côté de l’histoire, un fil directeur se repère assez vite : recrutée par une organisation secrète, Château d’If, l’agent Lily Apricot (elle préfère le raisin) fait équipe avec un Oviraptor tireur (et fumeur) à ses heures, Sabata Van Cleef. Leur mission (qu’ils acceptent) ? Sauver le monde de vilains dinosaures (oui ils ont survécu). Ce duo pour le moins improbable va apprendre à se connaître et ils deviendront peut-être plus que les meilleurs amis du monde. Je reviens sur eux un peu plus bas.

Au-delà de ce cadre général, Jabberwocky va nous proposer différentes histoires dans l’histoire, qui feront avancer et voyager les personnages principaux tout en permettant au lecteur de voir revisiter quelques grands personnages de l’histoire, de l’art ou de la littérature… en plus de découvrir différentes espèces de dinosaures et leurs caractéristiques qui s’emboîtent joliment dans le récit. C’est aussi cela un des traits de Masato Hisa : faire avancer son récit à l’aide d’histoires (courtes) qui se suffisent à elles-mêmes en même temps qu’elles participent au récit général. Certes, si on connaît déjà les personnages dont il est question on apprécie encore plus les références et la manière dont elles sont adaptées au manga (adapter Moby Dick là-dedans, il fallait le faire !). Sinon, il y a des glossaires techniques qui viendront éclairer vos lanternes et même sans eux, on apprécie les différentes virées en Italie, Chine, Angleterre, Egypte, Etats-Unis…

On le voit, un parallèle se dresse entre le dessin et l’intrigue, le fond et la forme. Masato Hisa au fil des pages adapte tant son style graphique que ses histoires. J’aime beaucoup car cela permet de voir qu’un manga n’est pas un bloc mais qu’il se constitue de multiples éléments qui entrent en interaction.

L’auteur va donc au-delà du postulat de base (les dinosaures sont parmi nous) pour suggérer que leur survie a eu diverses retombées loin d’être anodines (vous ne verrez plus Galilée de la même façon). Surtout, les dinos ont évolué (ils sont à taille humaine) et se sont adaptés (ils peuvent se déguiser…) pour passer – en partie – incognito. Il faut dire que leur existence doit demeurer secrète…

Jabberwocky 1

Un duo au sommet de la chaîne alimentaire

Jabberwocky possède un bestiaire intéressant, même si on ne verra pas toutes les espèces de dinosaures que l’on peut avoir en tête. Certains passages sur le T-Rex feront sourire, d’autres sur un Compsognathus montreront que c’est un animal qui a de la ressource (ce n’est pas Dieter – Le Monde Perdu – qui dira le contraire). Les humains ne sont pas en reste et parmi eux on trouvera quelques visages connus en plus de certaines « gueules » (Charles Bronson !). Des crapules et des pas gentils seront aussi du voyage. Humains comme dinos : il y a de tout.

Surtout, si les relations entre les deux sont rarement coopératives, des exceptions existant. Elles s’illustrent notamment du côté du Château d’If et des deux personnages principaux : Lily et Sabata. Leur première rencontre est détonante puisque la première fait (littéralement) perdre la tête au second. L’occasion de tomber les masques et de faire peu à peu la lumière sur leur survie :

  • Sabata est un Oviraptor (« voleur d’œufs ») soit une espèce n’a pas bonne réputation chez les dinosaures. Victime de nombre de fantasmes et idées fausses ils ont connu quelques heures sombres : devant se cacher, les dinosaures ont fait des Oviraptor des boucs émissaires sur lesquels ils se sont défoulés. Le résultat ? Un génocide au niveau mondial. Quelques-uns ont survécu et soit comme Sabata œuvrent pour le bien soit cherchent à se venger…
  • La situation n’est guère plus brillante pour Lily qui boit (beaucoup) pour oublier. Oublier un lourd héritage familial et des fautes qui pèsent sur elle alors qu’elle n’a rien à voir avec ces histoires. Voilà comment on devient une espionne qui boit plus vite que son ombre, y compris en pleine mission ! Pas de chargeurs dans ses poches mais des bouteilles attachées un peu partout et qui peuvent contenir quelques surprises…

Leur rencontre permettra à Lily de mourir pour mieux renaître et à Sabata de trouver une partenaire qui lui permettra aussi d’avancer. Se rencontrer pour mieux avancer, c’est aussi cela le duo Apricot-Van Cleef, ce qui ne l’empêchera pas d’affronter quelques turbulences.

Pour autant, Lily et Sabata demeurent les deux personnages centraux. A ce titre, ils ont un peu tendance à éclipser tout le reste. Si Boothroyd et le chef de Château d’If sont là tout du long ils ne sont pas aussi développés que notre duo. Idem pour les autres personnages – au demeurant intéressants et souvent assez poilants ou infâmes dans leur genre. C’est un petit regret.

jabberwocky-2004465

Avant 7, il y a 6 (et avant 6 il y a 5)

Le passage de la série qui m’a le plus plu concerne l’arc de Moby Dick, qui se déroule à cheval sur le tome 5 et le tome 6. J’ai apprécié l’histoire proposée, la manière de revisiter le personnage de la baleine et sa légende ainsi que les personnages introduits à cette occasion. Rien à voir avec le fait qu’il y ait des filles en maillots de bain, du bondage (obligation à laquelle doit se soumettre Masato Hisa) ou que l’agent Starbuck ressemble à Amaterasu (Area 51)… non non, rien de tout cela. Vous vous en rendrez compte en lisant ces passages.

L’heure de l’extinction approche…

Bien plus facile d’accès que le poème de Lewis Carroll, le Jabberwocky de Masato Hisa est une jolie aventure à découvrir, qui fait sourire en plus de nous apprendre deux-trois trucs au passage. En sept tomes, une véritable montée en puissance se fait jour, sur tous les plans. Reste  à passer les deux premiers tomes pour pleinement profiter de la suite. Les volumes ont un coût (9,15 euros) mais comme la série fait 7 tomes, celui-ci est relativement amorti.

Je termine sur une interrogation : sur la jaquette du tome 7 on voit figurer la phrase suivante : « Le XXème siècle va être amusant. » avec une image de Django. Peut-on en déduire que Jabberwocky1914 est dans les tuyaux ?

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s