A Silent Voice – Il suffira d’un signe…

« Je voudrais que tu m’aides à vivre. »

Il faut s’y résoudre : A Silent Voice a une fin. Commencée le 22 janvier 2015, le manga s’est terminé le 28 avril 2016. En un peu plus de 15 mois, il s’en est passé des choses dans la vie des personnages de Yoshitoki Oima.

Ayant déjà noirci pas mal de lignes virtuelles sur ce manga, notamment du côté de Sens Critique, je me bornerai à un avis de synthèse, plus ou moins (dés)ordonné. Attention car i) il y aura quelques révélations concernant l’intrigue et ii) comme j’ai aimé le manga, avalanche de positif annoncée !

Digression initiale (que vous pouvez passer)

Mon intérêt pour la série remonte au 9 octobre 2014 : c’est ce jour-là que les éditions Ki-oon ont annoncé l’arrivée de la série dans leur catalogue. Trois éléments m’ont interpellé à l’époque : la jeunesse de l’auteur, le thème abordé (le handicap auditif) et une phrase du synopsis (« Psychologiques puis physiques, les agressions du jeune garçon se font de plus en plus violentes… »). Mis ensemble, cela donnait un cocktail que je ne connaissais pas. Autant tenter l’aventure !

Le plus dur commençait : résister aux spoils, aux tentations de prendre de l’avance sur la parution française. J’ai attendu bien gentiment la sortie de chaque volume pour avancer dans l’histoire et ne pas me gâcher le plaisir de la découverte de chaque tome…

Les couv de ASV

Mise en bouche : les lieux, les corps et le sourire

Premier contact avec le manga, les couvertures des tomes offrent des éléments non négligeables, qui nous renseignent – par avance – sur le contenu du tome (décors – on sort du cadre scolaire pour y revenir avec le dernier tome  –, habits des personnages…). Mais ce n’est pas tout : les couvertures illustrent un rapprochement entre Shoko et Shoya. Ce rapprochement transite par plusieurs facteurs : le positionnement des corps, le regard des personnages, leur attitude (regardez leurs bras)…

Surtout, ce qui m’a le plus marqué, c’est le mouvement vers un sourire vrai. A chaque fois on sent qu’il y a un petit quelque chose qui manque, une certaine retenue, un sourire un peu forcé. Au tome 7, il semble que les sourires soient enfin pleinement là. On pourrait trouver cela anodin mais, à mes yeux, ça ne l’est pas car un des thèmes importants du manga tourne précisément autour du sourire : ce n’est pas parce que l’on sourit que tout va bien. Il y a des souffrances muettes qui vous rongent et que vous tentez de dissimuler…

Une marche bien ordonnée

Le récit se structure autour de quelques thèmes centraux. Cette concentration se retrouve dans le nombre restreint de personnages gravitant autour de Shoko et Shoya. Cela se comprend : Shoya ne veut créer des liens avec personne au départ. Il veut simplement parler à Shoko. Cette dernière, malentendante, se voit coupée du monde : on ne la voit jamais avec des ami.e.s dans sa classe… elle n’a que sa sœur.

shoko

Du côté des thèmes, A Silent Voice a su s’extraire rapidement de la question de la violence en milieu scolaire (ijime), des mots, des gestes et des facteurs (personnels, familiaux, associés à l’école, à l’influence des pairs) qui en sont à l’origine pour aborder d’autres environnements et multiplier les moments de vie. Ce qui se passe en classe n’est plus l’essentiel (Shoko et Shoya ne sont plus dans la même école). Ces moments passés ensemble ou en famille sont l’occasion de renforcer les liens, de rire, d’éclairer certains points de l’histoire, de passer de bons moments (le karaoké, le photomaton…) mais aussi de voir le passé ressurgir et frapper parfois là où on l’attend le moins.

Cela permet au manga d’aborder différents domaines :

  • Celui de l’après violence, tant du côté de la victime que du/des bourreau.x. Comment réparer les dommages infligés (si c’est possible) ? Quelles conséquences a le passé dans la conduite présente (et future) des personnages ?
  • Celui du changement, des doutes et des souffrances : en quoi peut-on dire que nous avons changé ? Que devons-nous affronter ? Est-on toujours assez fort ?
  • Des interrogations en rapport avec la réactivation et l’approfondissement des relations entre personnages (les liens qui se récréent entre anciens camarades comme Naoka, Miki, Miyoko ; ceux qui se créent avec les nouveaux venus – comme Tomohiro, la petite sœur de Shoko, Satoshi…) ainsi que leur stabilisation au cours du temps.
  • Enfin, les réactions par rapport aux événements inattendus – et parfois tristes – qui surviennent.

A travers tout ceci se joue la construction de l’identité des personnages, la plupart lésée par divers événements. A cet égard, le jeu de miroir entre Shoko et Shoya – au-delà des couvertures – s’est révélé instructif. Le duo n’a jamais failli. Surtout, le manga est marqué par l’incertitude. Ce qui a été construit n’est jamais certain, assuré pour de bon. Les aléas sont importants, il n’y pas une marche fluide dans la constitution d’un groupe inébranlable qui jamais ne vacille (cf. l’exemple du film de Tomohiro).

They don’t need a man

Un point à remarquer, c’est la place réduite occupée par les hommes adultes. Le père est absent dans les familles Ishida et Nishimiya (et les raisons ne leur font pas honneur), on voit, en passant le copain brésilien de la sœur de Shoya (dont on ne voit jamais la tête). C’est aux femmes de mener leur barque.

Les autres mâles adultes que l’on croise ne sont guère plus reluisants : de M. Takeuchi (le professeur de primaire) qui laisse faire les brimades envers Shoko – et dont le discours ne plaît pas trop à Satoshi – en passant par le critique du film de Tomohiro… leur présence réduite n’est finalement pas un mal.

La patte de Yoshitoki Oima

La manière dont l’auteur procède avec Shoko m’a frappé d’emblée. Son arrivée est un « choc » dans le monde jusque-là trop tranquille de Shoya (et des autres élèves) et elle a un côté « extraterrestre » – non pas à cause de son handicap mais par ses expressions, ses gestes, ses actes… qui la différenciait des autres. Cet aspect s’estompe – en lien avec les changements du personnage – mais ne disparaît jamais totalement. Surtout lorsque survient la fin du tome 3 où elle prend les devants pour annoncer à Shoya ce qu’elle ressent : « Du me b’ais. » Instants magiques et tristes car les efforts de la jeune fille à dire ce qu’elle éprouve par des mots et non des gestes ne sont pas récompensés…

ASV les mots de Shoko
Le moment où j’ai voulu secouer Shoya…

Mais l’autre instant fort avec Shoko pour moi est indubitablement le chapitre 51 du tome 6 ou, enfin (!), nous pouvons voir le monde de la jeune fille avec ses yeux. C’est une dimension qui intervenait un peu dans la lettre écrite à Naoka mais cette fois-ci nous sommes en immersion complète. J’ai été fortement touché par cet élément et l’innovation visuelle associée : effacer le haut des lettres (+ enlever des lettres aux paroles prononcées). A l’instar de Naoshi Arakawa  pour la musique dans Your Lie in April, Yoshitoki Oima a joliment procédé pour nous donner à voir et lire le handicap visuel de Shoko et ses implications.

Bien sûr, j’ai aussi été sensible à d’autres éléments : i) les mimiques des personnages et les petites disputes qui participent à l’humour de certaines scènes – autant de respirations bienvenues – ; ii) les chapitres du tome 6 qui se centrent sur un personnage à la fois (où l’on voit que les interrogations qui rongeaient Shoya, les souffrances muettes de Shoko sont partagées par d’autres) ; iii) les croix des personnages autour de Shoya pour signifier qu’il s’en fiche des autres ; iv) une surprise avec le tome 7 et des dessins assez flous, comme esquissés pour Shoko et Shoya (cf. par exemple, chapitre 54).

Une faim de fin satisfaite ?

La conclusion m’a rassuré. Je m’étais imaginé que Shoya conserverait des séquelles de son accident, du côté de la parole par exemple, ce qui lui ferait, du coup, utiliser la langue des signes… Mais non, le jeune homme s’est bien remis de son aventure et pourra voir le film de Tomohiro… mais sans échanger avec Kasuki pour autant. Les anciens camarades de classe de Shoya sont finalement restés dans l’ombre (ce qui ne veut pas dire inactifs). C’est un peu dommage, tout comme certaines scènes un peu trop poussées dans les gestes et réactions des personnages (la gifle que met Naoka à Shoko par exemple ; Shoya se pose parfois beaucoup de questions…). Mais cela ne rabaisse en rien la série.

En refermant le dernier tome il m’a semblé que la question amoureuse (symbolisée par le triangle Naoka-Shoko-Shoya et Miki-Satoshi – j’écarte les autres formes d’amour présentes dans la série) si elle n’était pas tout à fait secondaire n’était pas en première position (la faute à un Shoya vraiment long à la détente concernant les sentiments de Shoko ou de Naoka) et, surtout, qu’elle était traitée souvent implicitement et par petites touches. Les meilleurs exemples sont ceux de la fin entre la bague de Naoka (et la forme d’acceptation que l’on peut y voir) et les toutes dernières pages. On pourra bien sûr regretter la fin retenue. J’ai trouvé que c’était une fin qui laissait sans voix. Ou alors une voix silencieuse… La fin ou le meilleur moment pour que le titre prenne tout son sens ?

ASV ils ont grandi

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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