Slam Dunk – L’amour du jeu

« Je possède enfin ce dont tu m’avais parlé.
Ça y est… cette détermination inflexible est
maintenant ancrée en moi. »
(Hanamichi Sakuragi)

En novembre 2014, la marque Air Jordan s’est mise aux couleurs de Slam Dunk. Certes on peut expliquer cela par le fait que Takehiko Inoue a été fortement influencé par Michael Jordan pour sa série (Shôhoku arbore un maillot très proche de celui des Bulls). Il n’empêche : au-delà des motifs commerciaux une telle mise à l’honneur, dans une des collections phares du basket-ball, en dit long sur la popularité de la série, bien au-delà des frontières nippones.

Coïncidence : l’année de fin de Slam Dunk (1996) est aussi celle du début de son éditeur français (éditions Kana) qui publiera ce titre entre 1999 et 2004. Lire les fins de tomes renvoie dans le passé, notamment pour les dessins et lettres des fans (le rythme de publication était déjà un sujet de débats…). Internet et les réseaux sociaux n’occupait pas une telle place à l’époque. Mais cette digression ne doit pas nous écarter du but de cet article : revenir sur le manga Slam Dunk à l’occasion des 20 ans de sa fin.

Sakuragi
Hanamichi Sakuragi, l’ailier fort de Shôhoku

« Un pari risqué »

1990, Japon. Les lecteurs du Shonen Jump peuvent découvrir deux nouvelles séries dans leur magazine préféré, aux côtés de l’indéboulonnable Dragon Ball : Yu Yu Hakusho et Slam Dunk. La seconde sera publiée jusqu’en 1996, connaîtra un épilogue en 2004 (Slam Dunk 10 Days After) et fait partie des séries emblématiques du magazine et de la Shueisha avec plus de 120 millions d’exemplaires vendus à travers le monde.

Si Slam Dunk est parfois présenté comme le Captain Tsubasa du basket, ses débuts n’auguraient en rien d’un tel succès. « Il n’y avait pas de manga sur le basket-ball, lancer ce titre était un pari risqué et l’éditeur qui se blinde généralement contre l’échec me l’a fait comprendre » nous raconte Takehiko Inoue. Il aura fait mentir les éditeurs qui lui signifiaient que son manga était voué à l’échec.

Si la réussite peut, bien sûr, être attribué à Sakuragi-le-génie, d’autres éléments entrent en ligne de compte, qui font de Slam Dunk une série à lire, que l’on soit féru de basket, débutant ou ignorant de ce sport.

Rebond par Sakuragi
Le roi du rebond en pleine action

Un détour par Naruto

Si Masashi Kishimoto a été influencé par, entre autres, le travail de Hiroaki Samura dans l’Habitant de l’Infini (voir l’entretien entre les deux mangakas à venir début novembre dans le tome anniversaire de la série chez Casterman), Slam Dunk a aussi joué un rôle ainsi qu’il s’en explique dans un des tomes de Naruto (n°14, p. 44 et 62). Alors étudiant, Kishimoto ne produisait de « manga valable ». Pour trouver les recettes du succès, il demandera à ses amis un jour, alors qu’ils venaient de terminer un chapitre de Slam Dunk paru dans le Shonen Jump, qu’est-ce qui différenciait ce manga des siens.

Réponse : « Quand on lit, on comprend que Takehiko Inoue est passionné de basket-ball. Il écrit son manga avec plaisir, et cela aussi, il arrive à le transmettre… Mieux encore, il écrit en disant aux lecteurs : ‘hé, regarde c’est génial, il faut que tu le lises !’ » L’auteur de Naruto posera la question à d’autres personnes et la même réponse lui reviendra. Prendre du plaisir dans ce que l’on fait est un facteur important pour qu’une série marche. Comme le dit Kishimoto, en matière de conclusion : « J’avais encore beaucoup à apprendre. »

Slam Dunk est donc un manga de passionné. Takehiko Inoue aime le basket. Il l’a pratiqué étant jeune, continue à faire quelques paniers quand il en a l’occasion. S’il n’a pas percé dans le milieu, il demeure chez lui un véritable amour pour ce sport (qui se retrouvera avec le tournoi de basket intergalactique Buzzer Beater mais aussi, et surtout, au niveau du handi-basket avec Real). Un amour qui transparaît dans Slam Dunk.

Shôhoku
Le cinq majeur : Rukawa, Sakuragi, Mitsui, Miyagi (7) et le capitaine Akagi

Les Bad Boys de Shôhoku

Pour communiquer sa passion, Takehiko Inoue utilise différents moyens, permettant tout à la fois de rendre accessible son manga – à l’époque le basket est peu connu sur l’archipel, il vaut donc faire preuve de pédagogie pour toucher le plus grand nombre – en plus de susciter un intérêt qui va en s’accroissant pour l’équipe que nous allons suivre : celle du lycée de Shôhoku.

Cette équipe se résume principalement à l’entraîneur Anzai (le Zen Master du manga), la manager Ayako, son cinq majeur et un remplaçant en terminale. Le reste des remplaçants est là pour donner de la voix mais ne se signalera pas par grand-chose. Le manga se concentre sur un petit nombre de joueurs et une équipe qui n’a jamais trop fait parler d’elle.

Nous entrons dans cette équipe par l’intermédiaire du personnage principal de Slam Dunk : Hanamichi Sakuragi, élève de seconde. C’est un furyô, un petit voyou aux cheveux rouges. Accumulant les râteaux avec les filles quand il n’est pas en train de se battre, il se met au basket à son entrée au lycée pour séduire Haruko (qui est la sœur du capitaine de l’équipe de basket, le pivot Takenori Akagi surnommé « le gorille »). Problèmes : i) Haruko en pince pour la nouvelle recrue de l’équipe, l’ailier peu bavard Kaede Rukawa ; ii) à part sauter et faire un « slam dunk » Sakuragi ne connaît rien au basket. Il doit tout apprendre.

Sakuragi dans ses oeuvres
Quand il ne prend pas des rebonds Sakuragi distribue des pains

A partir de là, trois mouvements sont à l’œuvre : i) Sakuragi va se développer en tant que joueur et personne (en plus de perdre des cheveux) ; ii) sa rivalité avec Rukawa va nous offrir une des plus belles relations du manga ; iii) l’équipe de Shôhoku va se construire au fil des matchs mais, aussi, en récupérant deux éléments eux aussi « à problèmes » : le meneur Miyagi et le shooteur à trois points Mitsui. Mais les bagarres, les amourettes… vont être rapidement évacuées (le succès de la série aidant) pour que tout soit concentré sur le basket et le tournoi national inter-lycée.

Win or go home

Le capitaine de Shôhoku rêve du titre national. Mais pour l’obtenir son équipe devra se qualifier et affronter des équipes souvent mieux classées et cotées. La victoire est impérative pour aller le plus loin possible. Cela donne l’occasion de vivre les matchs de basket comme si on était sur le terrain ou sur le banc, j’y reviens un peu plus bas.

Vivre les matchs c’est aussi faire la connaissance des équipes adverses, des autres joueurs. Tout un vivier de joueurs, plus ou moins confirmés, au potentiel plus ou moins important va donc défiler au fil des matchs, l’occasion de voir des rivaux pour chaque joueur de Shôhoku. Par exemple Rukawa croisera des joueurs qui, comme lui, ne vivent que pour les challenges, se dépassent lorsque l’adversaire est exceptionnel ce qui n’est pas sans rappeler un tout jeune retraité des parquets. Les matchs montrent une forte intensité, des joueurs fatigués, beaucoup de transpiration. Il y a peu de remplacements et il faut aller au bout de soi. Plus que l’affrontement de deux équipes, une partie de basket devient l’espace où l’on confronte des manières de vivre. Slam Dunk c’est aussi l’école de la vie, où l’on apprend que si le basket est le plus individuel des sports collectifs, on ne peut pas tout faire tout seul. Solidarité, amitié, dépassement de soi… on trouve cela, et bien plus encore, dans le manga.

Rukawa contre Sawakita
Un des plus beaux affrontements du manga : Rukawa contre Sawakita

Certes, les phases de jeu qui nous sont présentés tout au long des chapitres sont réduites au plus simple, les consignes données aussi. L’important n’est pas de reproduire toute la complexité d’un match professionnel (les joueurs restent des lycéens qui n’ont pas de super-pouvoirs) mais de nous faire comprendre ce qui fait la beauté du match (avec les explications du Dr T.), que l’important n’est pas de toujours de marquer des points mais aussi de savoir défendre, intercepter, prendre des rebonds (d’où l’importance de Sakuragi), faire des passes…. D’ailleurs la passe est un élément important, qui trahit la confiance que l’on a dans son coéquipier. La confiance, autre notion importante dans le manga, qui va naître peu à peu entre les joueurs de Shôhoku.

Un équilibre est également trouvé entre le sérieux des matchs et l’humour apporté, notamment par Sakuragi quand il s’en prend aux joueurs adverses, au public, à l’entraîneur… Cela lui vaut parfois une faute technique, d’autre fois il passe entre les mailles du filet et prend un coup sur la tête de la part de Akagi. Takehiko Inoue alterne entre les phases de jeu importantes et les moments de relâchement, d’humour, qui se glissent avant que le jeu ne reprenne. Les petites cases qui servent de transition entre les chapitres sont aussi très amusantes.

Nothing but net!

Si Slam Dunk se révèle si agréable à suivre, si le manga est tellement prenant il le doit à ses graphismes. Lorsque Takehiko Inoue se lance dans Slam Dunk il a 23 ans. Aussi au fil des tomes, son trait évolue, il n’y a qu’à comparer le Sakuragi du début et celui qui a une nouvelle coupe de cheveux. Il devient plus précis, gagne en réalisme et déjà accorde une grande importance aux yeux. Le graphisme devient alors tout simplement magique pour nous faire ressentir les actions présentées. L’auteur a regardé beaucoup de matchs pour arriver un tel résultat (voir ici pour un comparatif entre certaines planches de Inoue et des clichés NBA de l’époque). Mieux : l’auteur arrive aussi à nous faire ressentir toute l’intensité qu’il y a dans le fait de défendre, attaquer, prendre un rebond, marquer, faire une passe…

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Sawakita jouant un vilain tour à Shôhoku…

Pour cela, l’auteur va parfois découper une action (dribbles pour se sortir d’un marquage, tir à 3 points…), parfois ne donner à voir que certains moments clés dans tel ou tel geste (dunk, contre…). Le découpage des cases joue aussi pleinement son rôle dans la dynamique créée. Le basket est un sport de mouvements et Takehiko Inoue nous en administre une preuve magistrale. Surtout que les mouvements à l’œuvre reste très lisible : les rôles sont clairement répartis entre les joueurs sur le terrain, si bien que l’on sait qui fait quoi, est où…

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La fatigue est proportionnelle au nombre de gouttes de transpiration que vous pouvez apercevoir sur les joueurs

Le basket est aussi un sport où le temps compte : chaque équipe a le ballon durant une durée limitée (après elle doit tirer ou alors le ballon sera rendu à l’adversaire). Il faut donc être vigilant par rapport à l’horloge. L’auteur couple parfaitement cela avec les points qui précédent pour décomposer une scène (ralentir le temps), passer rapidement telle ou telle période du match pour se concentrer sur celles qui sont essentielles… C’est pour cela que le match de la série (soit 40 minutes) s’étend de la fin du tome 25 au tome 31 ! Pour le dire autrement, comme le rappelle l’auteur, il a travaillé pendant six ans sur sa série alors que dans Slam Dunk il ne s’écoule que 4 mois.

A cet égard, la fin du match contre Sannô est un modèle du genre, notamment les 12 dernières secondes qui représentent pas loin de 50 pages et ne contiennent aucun mot (à part une phrase de Sakuragi), comme si le temps ralentissait, nous coupant de ce que la foule peut dire, de ce que les joueurs peuvent penser pour nous offrir la quintessence de ce qui se passe sur le terrain, sans aucun parasitage.

MVP! MVP! MVP!

Le plus surprenant dans Slam Dunk est peut-être sa fin, bien loin de ce que l’on peut trouver par ailleurs. Cela participe aussi à l’envie de voir une suite. Cette idée est présente chez Inoue, comme il l’a dit en 1998 et en 2013 tout en précisant, à chaque fois, qu’il devait se sentir prêt pour la faire, condition qui n’est pas remplie pour le moment.

halftime-lead

Slam Dunk est un manga qui sait être sérieux quand il le faut, où le lecteur peut s’identifier à beaucoup de monde. La taille est souvent un facteur important en basket mais à travers Miyagi, on voit que même en étant « petit » on peut tout à fait avoir sa place dans une équipe et être parmi les meilleurs à son poste. Parce qu’en plus de nos capacités il y a aussi celle des autres joueurs qui vient s’ajouter.

Comme dit plus haut, le manga est porteur de valeurs qui déborde largement le cadre du sport et nous fait suivre une équipe à laquelle on s’attache très rapidement. Véritable concentré d’action Slam Dunk est un manga sans réel temps mort où l’auteur s’est investi dans tous les personnages. Un manga du Hall of Fame sans aucun doute !

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Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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