Kiriko et le passé de la discorde

Les réunions d’anciens élèves permettent de revoir des personnes non vues depuis des années, d’évoquer les absents éventuels (en bien ou en mal) et de raviver de vieux souvenirs d’école, qui peuvent plus ou moins plomber l’ambiance. Le plus souvent, le tout se termine à un horaire acceptable, permettant à chacun de rentrer chez soi non sans s’être dit – avec plus ou moins de bonne foi – qu’il faudrait « remettre ça, à l’occasion ».


Le one-shot Kiriko, de Shingo Honda (Ping Pong Dash !!, Hakaiju), nous plonge dans cette ambiance, a priori bonne enfant, mais qui va rapidement dégénérer selon différentes séquences qui nous conduiront vers de l’horreur 100% pur jus, tout en proposant une conclusion qui ne gâche pas les développements offerts en amont. En route pour des retrouvailles pas comme les autres !

couverture-kiriko
Tout avait pourtant bien commencé : seize ans après avoir terminé le collège, six anciens camarades se retrouvent sur « le lieu du crime », abandonné et désaffecté depuis. Chacun a reçu une jolie invitation. Les retrouvailles sont l’occasion de voir ce que chacun fait, mais aussi de parler du passé, notamment les années collège, marquées par le suicide mystérieux d’une des leurs : Setsuko Okumura (Kiriko est le surnom de Setsuko).

Assez rapidement, une question va surgir : qui a envoyé les invitations ? Personne, parmi les six présents, ne se reconnaît comme l’auteur de cette rencontre. Ajoutons des bruits suspects, des intempéries qui vont pousser notre club des six à rester dans le collège et quelques tensions dans les rapports entre personnages et le tour est joué : l’horreur peut s’abattre, et quelques vies s’arrêter.

une-main

Le manga est ainsi marqué par une dégradation. Dégradation qui va en s’accroissant et tout emporter sur son passage : dégradation du lieu, dégradation des paroles (au fur et à mesure que certaines rancœurs ressurgissent) et dégradation des personnages. Dans ce dernier cas de figure, plus les pages défilent plus le visage des personnages se marquent : lisse au départ, il finit par afficher des rides ou des marques de peur, de colère, de folie… bref il se colore au fur et à mesure que l’ambiance se dégrade et que la petite réunion se teinte de rouge.

En cinq chapitres, Kiriko nous offre un huis clos horrifique structuré selon les codes du genre. Pour autant, l’œuvre se révèle méthodique dans la manière de procéder : pas de temps mort, une avancée constante et un dessin efficace pour capturer l’atmosphère et qui ne rechigne pas à montrer des passages gore (et quelques formes généreuses) et à jouer sur les peurs du lecteur par rapport à certains lieux et moments. En parallèle Shingo Honda nous interroge aussi à travers les personnages et leur propension à moduler leur discours pour donner une image positive d’eux-mêmes (ne pas perdre la face), enjoliver le passé dans des proportions variables. En même temps que leurs traits s’obscurcissent, leur personnalité aussi gagne en noirceur. L’enfer c’est les autres et aussi soi-même.

elle-ou-pas

Au fil des pages l’illusion de l’entente cordiale du début vole en éclats, la volonté de survivre des personnages est là sans conduire au chacun pour soi (les personnages restent groupés dans leur malheur). Que se passe-t-il dans ce collège ? Que s’est-il passé dans ce lieu ? Qu’est-il arrivé à Setsuko ? Son tueur est-il ici pour supprimer des témoins gênants ? Le manga répondra progressivement à ces questions en nous proposant une plongée dans l’horreur simple et efficace, à lire jusqu’à la dernière page. Avec Kiriko, vous n’oublierez plus de vérifier à l’avance qui a organisé votre fête des anciens élèves.

N.B. : les images présentes ici le sont à un titre purement illustratif et demeurent la propriété de Shingo Honda, Nihonbungeisha  et des éditions komikku.

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

4 réflexions au sujet de « Kiriko et le passé de la discorde »

    1. Merci Miki’ ! 🙂
      Je n’ai pas lu les Dix petits nègres mais j’avais vu qu’un film aussi aurait pu inspirer Shingo Honda. Si Agatha Christie arrive bien à retranscrire l’atmosphère autour des morts, l’ouvrage doit être intéressant à lire (il n’est pas trop long ?).

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s