L’Habitant je l’aime un peu, beaucoup… à l’Infini !

« Manji… Certains vivent sans atteindre leur but
et les immortels vivent longtemps en sachant qu’ils
ne l’atteindront pas. Qui est le plus malheureux ? »
(Lin à Manji)

Ce début du mois de novembre est marqué par la parution d’une édition pour le vingtième anniversaire de la parution française de l’Habitant de l’Infini de Hiroaki Samura – accompagnée par la date de sortie officielle du film live au Japon. De quoi terminer sur une très bonne note une année 2016 féconde du point de vue des œuvres du mangaka désormais disponibles en langue française. Gageons que le meilleur soit encore à venir !

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Manji et Lin sur l’édition anniversaire

Lors de l’annonce de cette édition spéciale, la plus grosse surprise fut, pour ma part, la présence d’un récit d’une vingtaine de pages, racontant une histoire de samouraï, parue en février 2016 dans les pages du Young Magazine. Pourquoi ? Parce que l’on termine l’Habitant de l’Infini – prépublié entre 1993 et 2012 – avec le sentiment que Hiroaki Samura et ses personnages ont tout donné. Sous son crayon le sabre a parlé et nous a offert une histoire inoubliable dans le Japon de l’ère Edo.

Pour avoir l’avis d’un lecteur de la série, vous pouvez parcourir l’entretien passionnant présent dans l’édition anniversaire, entre Hiroaki Samura et Masashi Kishimoto. Vous entendrez parler de mains, de poitrines et de bien d’autres choses, notamment du fait que l’auteur de Naruto (dont le dernier tome paraît cette semaine en France !) achetait deux fois chaque numéro de l’Afternoon où était prépublié l’Habitant de l’Infini.

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Manji et Kakashi Magatsu (du Ittô-Ryû) prennent la pause

L’édition anniversaire constitue alors un formidable prétexte pour parler de l’Habitant de l’Infini. Ne pouvant le faire en peu de mots, j’ai mis l’accent sur différentes lignes de force du manga, qui peuvent être grosso modo lues indépendamment les unes des autres. Vous pouvez piocher à droite et à gauche selon vos préférences et peut-être cela vous donnera envie de découvrir ou relire cette série.

Une histoire de vengeances… mais pas seulement

Le point de départ de l’Habitant de l’Infini brille par sa clarté : une jeune fille, Lin Asano, désire se venger du Ittôryû (dont le nom ne tombe pas du ciel), une bande de fines lames responsable de la mort de ses parents. Pour cela la jeune fille embauche un rônin pour garde du corps, Manji (dont le design est inspiré de Tange Sazen), car elle n’est pas assez forte pour se venger seule de ceux qui ont gâché sa vie. Nous voilà partis pour une chasse aux hommes.

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Kagehisa Anotsu

Pour autant, Lin n’a pas le monopole de la vengeance. Cette dernière se manifeste chez plusieurs personnages, ponctuellement ou de manière plus structurelle. Chacun est alors prêt – ou le sera – à en assumer le prix. Cela participe de la quête initiatique de Lin : voir ce que la vengeance fait aux femmes et aux hommes impliqués ; faire assez régulièrement le point sur sa vengeance, ce qu’elle implique, savoir si elle veut aller au bout, s’allier avec d’autres…

Toutefois, l’Habitant de l’Infini n’est pas qu’un manga de vengeance (avec son lot de trahisons et d’affrontements) car l’amitié, la morale, l’honneur, le mode de vie du combattant sont abordés ainsi que nombre d’éléments en rapport avec la société de l’ère Edo (les difficultés à circuler, les normes sociales, les hiérarchies, les geishas…). On voyage ainsi au gré des fêtes, des auberges, des villes et des montagnes.

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Lin accompagnant Kagehisa ?!

A l’image de ce mouvement perpétuel coexistent chez une même personne différents courants. Ainsi de la relation entre Lin et Kagehisa. Incapable de le tuer seule, une certaine complicité se développe : Lin le suit, Kagehisa l’écoute parler, il la protège, elle le protège… Derrière la haine de Lin on trouve aussi des moments d’apaisement. De quoi la faire renoncer à sa vengeance ? L’histoire vous le dira…

Y a-t-il de la place pour l’amour ? C’est un sentiment qui se construit peu à peu entre Lin et Manji (qu’est-il pour Lin : un simple garde du corps ? Père ? Frère ? Petit ami ?) même si le couple star est probablement celui formé par Kagehisa et Makie (une membre du Ittôryû). À l’égard de ces derniers, vous ne pouvez pas passer à côté des chapitres 200 et 201 du tome 30. D’autres couples parsèment les tomes. Mais la conclusion de ces amours n’est guère heureuse ; l’amour présent dans le manga n’est jamais vain mais rarement joyeux, plutôt un amour qui laisse un goût amer.

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Kagehisa et Makie

Une vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie… même si elle est immortelle ?

Détail qui a son importance : Manji est immortel ! Un avantage incroyable pour un bretteur. Pourtant cette idée est balayée par Manji dès les premières pages du tome 1 où il déclare que sa maîtrise du sabre est moins bonne maintenant qu’il se sait immortel. La suite ne viendra pas le démentir et on s’apercevra que le plus fort n’est pas immortel (et n’est pas un homme).

Surtout que la forme d’immortalité à l’œuvre dans le manga ne fait pas rêver. Manji possède le Kessenchû, une sorte de ver qui permet à son porteur de survivre aux coups reçus.  Au fil des pages nous voyons se déployer toute la portée – et les limites – de cette condition d’immortel. Certes les personnes immortelles peuvent échapper à la mort mais l’éternel, l’infini n’est pas pour autant leur domaine : être immortel ce n’est pas être invincible et Manji ne recherche, au départ, que sa propre mort !

Une manière de lire la série consiste ainsi à y voir une interrogation profonde et constante sur l’immortalité – et, à travers elle, sur la vie : l’immortel est-il plus heureux que le mortel ? Sont-ils à la recherche de la même chose ? Le corps de l’immortel conserve-t-il le même état tout au long de la vie de la personne (coucou Zorn & Dirna) ? Peut-on transmettre cette condition ? Etc.

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Les retrouvailles de deux amis : Manji et Shira

La question de la transmission occupe d’ailleurs l’essentiel des tomes 15 à 20. Manji est mis à contribution (sans son consentement) et des « médecins » vont s’affairer autour de son cas, l’occasion de voir l’un d’entre eux, Ayame Burando, développer une véritable méthode scientifique pour saisir les tenants et les aboutissants de l’immortalité de Manji… entre deux manquements à l’éthique médicale. Le médecin porte un regard clair et concis sur la situation de son cobaye : « Son immortalité est caractérisée par la souffrance. » (tome 20)

Ces passages éclairent une thématique transversale à plusieurs mangas de Hiroaki Samura : la question du prix de la vie, savoir s’il est justifié de sacrifier des individus pour le bien commun. Une interrogation qui peut se décliner autour des vengeances qui se déploient dans le manga : comment faire payer autrui pour ce qu’il a fait ? Combien de vies faut-il pour racheter celle(s) perdue(s) ?

La victoire à tout prix

Manchots, borgnes… les gueules cassées sont légion dans la série. Le signe, parmi d’autres, que les combats n’ont rien d’une promenade de santé. Empoisonner son adversaire, se battre dans un environnement avantageux, mentir, employer diverses armes… tout est bon pour l’emporter. D’ailleurs la seule règle suivie par le Ittôryû est de se battre à un contre un. Liberté dans l’affrontement mais aussi dans ce qui suit la victoire : quand le Ittôryû gagne, il n’a pas de scrupules à prendre le contrôle des écoles vaincues ; les vainqueurs n’hésitent pas tuer des innocents voire à violer (si quelques scènes de violence sexuelle sont présentes dans la série, l’auteur ne cherche pas à expliciter plus que nécessaire).

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Troisième point d’entrée dans la série, les combats sont l’occasion d’en apprendre beaucoup sur l’époque et sur les personnes. Échanger des coups ne permet pas toujours la compréhension mutuelle, mais au détour des propos tenus on comprend les idées qui s’opposent, les manières de faire et de gagner. Les affrontements jouent un rôle de miroir, révélant certains traits de caractères et pensées. En la matière, Manji n’agit et ne réfléchit pas comme les autres et il cache de nombreuses armes sous son vêtement, certaines provenant de personnes qu’il a battues précédemment. Son armurerie s’agrandit donc au fil des pages et au-delà de ce cas, Hiroaki Samura nous offre une variété d’armes, récapitulées ponctuellement à la fin de certains volumes.

A cette diversité des armes répond une diversité dans le style des combattants : Anotsu se bat avec une drôle de hache ; Shira a pour vilaine habitude de viser les bras ou les jambes (son credo étant : je fais souffrir donc je suis) et, surtout, Makie manie une lance à trois branches qui fait bien des dégâts. Cette dernière est sans égal, avec des danses qui sont autant de tourbillons emportant ses adversaires et les lecteurs dans un mélange subtil de violence et d’érotisme.

Comme un écho à ce qui précède, une diversité dans la manière de dessiner les combats s’observe. Page simple, double, succession de petits cadres ressemblant à une esquisse ou à un manuel de combat, pleine page pour un personnage, changement d’angle de vue… l’auteur utilise un large répertoire pour nous montrer toute la vitesse, la puissance, la violence des coups, si bien que les personnages peuvent, l’espace d’un dessin, perdre leur apparence humaine. Du grand art.

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Une tête de perdue… dix de retrouvées ?

La volonté du feu version Hiroaki Samura

Parce que les combattants ne sont pas toujours en train de découper à droite et à gauche en hurlant, il y a la place pour des dialogues. Inégaux en longueur, ils sont parfois de vrais petits bijoux. Surtout, nombre d’échanges se répondent à travers les pages. L’épilogue du tome 30 est plus intelligible si on garde en mémoire le petit échange entre Lin et Dôa dans le tome 21. Et les paroles de Kagehisa dans le tome 30 gagnent à être rapportées à l’échange qu’il a avec Hyakurin dans le tome 16. Un passage court qui est sans doute un des meilleurs de la série. Arrêtons-nous dessus un instant.

Se croisant sans savoir qui est qui (Hyakurin a pour mission d’éliminer Kagehisa), ils se mettent à parler à bâtons rompus des rapports entre parents et enfants. Hyakurin déclare que les seuls à plaindre sont les enfants qui déçoivent les espoirs de leurs parents, tout en trouvant cela étrange de demander à quelqu’un de réaliser ce que l’on a pu faire soi-même.

Kagehisa répond – évoquant, implicitement, son cas – pour dire qu’un individu devrait accomplir ce qu’il souhaite par lui-même, ne pas reporter son rêve, ses ambitions sur d’autres. « Si on ne fait pas l’erreur de placer ses désirs en lui [l’enfant], qu’on le laisse être lui-même et que d’une façon ou d’une autre on peut laisser quelque chose à ses descendants alors, pour la première fois, on pense peut-être à ceux qui marcheront dans nos pas. » En somme on trouve à travers ce passage un thème important du manga (et cher à Naruto) : il faut prendre garde à ce que l’on transmet à ses descendants, pour que cette transmission ne devienne pas une malédiction.

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Tout ça rien que pour éliminer le Ittôryû !

L’Habitant ou les Habitantes de l’Infini ?

L’auteur introduit au fil des tomes de nouveaux personnages qui parviennent, en quelques pages et répliques à susciter tout notre intérêt. Chacun a son histoire dont la série nous fournit les grands traits, une espèce de C.V. de base. Bien sûr tous ne sont pas attirants, mais aucun ne laisse véritablement indifférent et le rejet est réservé à quelques-uns, l’épaisseur de chacun(e) rendant difficile une évaluation tranchée : il n’y a pas ceux en noir et ceux en blanc.

Cela ne veut pas dire qu’il faut céder au relativisme, simplement l’auteur ne cherche pas à nous dire si telle ou telle voie est plus juste, morale… que l’autre. Entre la vengeance de Lin et celle de Kagehisa par exemple, c’est à nous de nous faire notre avis. Au-delà de ces deux cas, Hiroaki Samura ne cherche pas à définir le bon samouraï. Il cherche plutôt à nous parler de combattants qui peuvent être des guerriers violents, sanguinaires et meurtriers mais aussi des poètes, peintres, administrateurs… ce qui rejoint le fascinant portrait du samouraï brossé par Pierre-François Souyri dans Samouraï. 1000 ans d’histoire du Japon.

Surtout – autre élément fort chez Hiroaki Samura – l’Habitant de l’Infini brille par les portraits de femmes qu’il donne à voir. Elles ne sont pas identiques : certaines ont la santé fragile, d’autres n’ont aucun talent pour se battre, certaines sont violentées, d’autres amoureuses, drôles… Les obstacles peuvent s’accumuler, elles ne se plaignent pas et avancent, quoi qu’il puisse leur en coûter. Magnifiquement dessinées par l’auteur, elles ne passeront pas inaperçues sur votre rétine.

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« Je ne vous oublierai jamais » (Moi m’adressant aux personnages de la série après l’avoir terminée)

L’Habitant de l’Infini est un manga qui possède un souffle et qu’on sent vivre au fil des pages, avec des environnements parfois esquissés, laissant à l’imagination le soin de compléter. Outre une histoire maîtrisée et une conclusion douce amère cette série gagne à être lue et relue : parce que chaque passage vous permet de mieux repérer les personnages, (re)découvrir certaines planches… Reprendre l’histoire du début est comme une nouvelle plongée dans un tourbillon enivrant.

Et n’oublions pas tous les à-côtés : planches en début de volume, bonus de fin, détournements divers… C’est un manga total, qui nous fait éprouver toute une palette de sentiments et que l’on termine non sans quelques émotions, hanté par le souvenir d’une femme et de son regard.

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C’est d’elle dont je parle…

N.B. : aussi belles que soient les images présentes dans cet article, il n’en demeure pas moins qu’elles figurent ici à titre purement illustratif (pour vous en mettre plein les yeux !) et demeurent la propriété de Hiraoki Samura, Kôdansha et Casterman.

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

13 réflexions au sujet de « L’Habitant je l’aime un peu, beaucoup… à l’Infini ! »

  1. Superbe billet !
    Perso, je n’ai encore jamais lu un Samura mais faudrait que je commence…
    Je me demandais d’ailleurs si cette édition était bonne pour commencer (tout du moins au lieu d’acheter les 2 premiers tomes en version normal) ?

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    1. Merci Thomas !
      C’est une excellente idée de lire des mangas de Samura quoique, je ne suis peut-être pas très objectif… L’Habitant de l’Infini est sans doute LA série pour commencer car par la suite l’auteur va explorer d’autres domaines (des avis sur certains de ses autres mangas sont disponibles sur ce blog si d’aventure tu veux en savoir plus).
      Pour répondre plus directement à ta question : cette édition « collector » (tirage unique !) est un peu plus chère que le prix cumulé des deux tomes « édition normale » mais elle contient des bonus appréciables : pages couleurs, préface de l’auteur, un one-shot inédit sorti cette année au Japon, un entretien avec Masashi Kishimoto… bref c’est un bel ouvrage, pas trop lourd ni pénible à manipuler (ce n’est pas comme l’intégrale de Planètes…). L’arbitrage entre les deux dépend vraiment de toi, mais si la série te tente je crois que ce n’est pas un mauvais « investissement ». 🙂

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  2. J’ai commencé la série suite à ton article sur la domination masculine chez Samura. (Il faut dire que tu sais être très convainquant)
    Tout ce que je peux dire, c’est qu’arrivée au tome 3, je suis déjà amoureuse de Makie. Et puis ces dessins ! Ca se voit qu’il a fait les beaux-arts, c’est assez époustouflant, j’adore ce côté un peu crayonné et fluide mais maîtrisé (c’est tellement plus vivant lorsqu’on sent le trait de l’auteur).
    Par contre 30 tomes, c’est beaucoup…
    En tout cas je suis contente de découvrir cet auteur, je ne pense pas que ça m’intéresserait au premier abord.

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    1. Je devrais me lancer dans la vente ou la politique si je suis convainquant ! Blague à part, c’est génial ! Je suis heureux que tu découvres cet auteur et attaques ce manga. Si après les deux manches Manji-Makie tu es déjà amoureuse de cette dernière alors attention : avec ce qui va suivre tu vas atteindre les sommets de la passion…

      En plus le trait de l’auteur te plaît. Tu ne vas pas pouvoir t’arrêter surtout qu’il atteint quelques sommets dans les tomes à venir. Petite anecdote que tu connais peut-être déjà : Hiroaki Samura dit en être arrivé à ce style en s’éloignant le plus possible de celui de Katsuhiro Ôtomo qu’il imitait quand il était jeune + il dessinait au feutre pour aller plus vite.

      « Par contre 30 tomes, c’est beaucoup… » => Dis plutôt : « Chouette, il me reste encore les 9/10e de l’œuvre à lire ! » 🙂

      Tu ne devrais pas les voir passer à part peut-être un arc et encore. L’intrigue avance sans être redondante, les personnages vont et viennent tout comme la vengeance de Lin. Puisse ton intérêt se renforcer au fil des tomes et n’hésite pas à donner tes impressions au fil de ton avancée.

      PS : je vais commencer le premier tome de Sunny 🙂

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  3. Moi, tant qu’un manga est commenté avec passion et sincérité, ça m’intéresse toujours. Je suis étonnée de voir que Samura n’est pas si vieux finalement. Dans ma tête j’avais l’impression qu’il fait parti d’une « vieille génération » à cause de son trait très réaliste. En tout cas il est touche-à-tout et très productif, ce qui est vraiment super.
    Oui, 30 tomes. A vrai dire je n’ai pas l’habitude de lire des séries longues parce que souvent ça s’étiole et puis il y a aussi la question du budget (c’est un investissement !). Mais là, comme tu dis, ça promet d’être passionnant. En plus il est publié chez Casterman qui est un très bon éditeur (donc pas trop de problème de tome manquant en vue), je peux prendre mon temps pour les réunir selon les circonstances du moment. Entre temps, je peux jeter un coup d’oeil à ses autres séries qui ont l’air très intéressant aussi (notamment celui qui prend place en URSS).
    C’est cool que tu te mettes à lire Sunny. Taiyou Matsumoto a aussi un trait particulier, ce qui fait un point commun avec Samura, même si la comparaison s’arrête là je pense. J’espère que tu aimeras, et pourquoi pas un article dessus 🙂 (même si pour ma part, ce manga me laisse sans voix, dans la mesure où il se suffit à lui-même et est tout en émotion)

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    1. C’est bien que cet aspect touche-à-tout te plaise car c’en est parfois presque déroutant. Snegurochka peut faire une bonne transition entre l’Habitant’ et les autres séries de Samura. Je n’en parle pas plus pour ne pas te « spoiler » quoi que ce soit, les camarades Belka et Shchenok n’apprécieraient pas ^^

      De mémoire les tomes manquants de la série ont été réimprimés depuis donc l’ensemble de la série est disponible ce qui, en effet, permet d’avancer à ton rythme parce que comme tu le dis c’est quand même un investissement (qui en vaut la peine !). Mais comme série longue, je pense que dans son genre c’est une des meilleures.

      Alors j’ai lu les trois premiers tomes de Sunny pour le moment. Le premier tome passait bien mais les deux suivants sont encore mieux. J’aime beaucoup Sei et il y a tout un tas de moments de vie qui sont beaux à lire, ces pensées, ces moments dans la Sunny, ce doigt blessé… Je ne sais pas si j’écrirai dessus. Comme tu le dis c’est une série qui laisse facilement sans voix, on a plus envie de lire que d’écrire dessus.

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  4. Pour l’instant j’arrive au tome 7. Jusque là je suis plus intéressée par les « méchants » de la série, c’est-à-dire Anotsu et Makié. Leur parcours m’inspirent certaines réflexions sur la question de la liberté et de la fatalité. Lin m’énerve un peu parfois (comment a-t-elle pu regarder Shira massacrer des pauvres gens de l’Ittoryu sans lever le petit doigt ?!), j’espère qu’elle deviendra un peu plus autonome. Mais bon, elle est très jeune et l’auteur a su complexifier son histoire de vengeance en faisant appel à un questionnement moral (« je veux tuer ceux qui ont assassiné mes parents mais ça fait aussi des dégâts collatéraux »).

    Oui, c’est assez dur d’écrire dessus, parce qu’il ne se passe pas grand chose. C’est le quotidien, rien que le quotidien, avec bien sûr ses micro-événements, mais ce n’est pas vraiment un récit avec un début et une fin, même s’il y a quand même une forme d’évolution. Tout repose sur l’ambiance et ce que ça dégage. C’est très contemplatif. Ça me coupe le souffle lorsque l’imaginaire commence à prendre le dessus sur le réel. Mon petit préféré, c’est Haruo ; mais ils sont tous très touchant chacun à leur manière sans exception.

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    1. C’est d’ailleurs un point qui m’intrigue depuis quelques temps déjà. Pourquoi quand on lit une série ce sont souvent les « méchants » qui suscitent plus notre intérêt ? Parce que l’on sait qu’ils vont affronter des épreuves plus importantes que les « gentils » ? Parce qu’ils sont mieux réussis ? Parce qu’ils dégagent quelque chose en plus ? Nous aurions une « inclinaison » envers les « méchants » quand ils réunissent certaines caractéristiques ?

      En tout cas le duo t’inspire des réflexions intéressantes ! Les coucheras-tu sur le papier ? Duo qui pourrait être croisé avec celui de Snegurochka…

      Lin est en effet un personnage qui va évoluer, apprendre au fil de ce qu’elle vit. Là je crois que ce qu’elle voit la laisse sans réaction. Il faut dire que ce que fait Shira a de quoi interpeller. Elle n’est pas habituée à cela (et heureusement).

      J’en suis au tome 4 de Sunny. L’ambiance nous entraîne en effet dans le quotidien de ces enfants. Le dessin me rappelle quelques ouvrages de l’Ecole des loisirs que je lisais petit, ce qui renforce un peu plus encore l’immersion dans cet environnement. Les moments passés par Haruo avec sa mère m’ont fait forte impression mais on pourrait les multiplier (Sei et la lettre qu’il attend…). Sacrée série.

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  5. Eh bien je lis plutôt des seinen mais aussi parfois du shojo et du shonen. Mais c’est surtout dans ce dernier genre qu’on a affaire à une vision très manichéenne de lutte du bien contre le mal (genre Naruto). A chaque fois, il s’agit pour le héros de se surpasser (One piece, Bleach). En fait le méchant n’est là que pour le mettre en valeur, et plus le méchant est fort, plus le héros va susciter de l’admiration. C’est la même logique que dans les blockbusters américains. Pourquoi un tel culte du héros ? Il me semble qu’Elias Norbert a fait une analyse très juste sur la question, en rapport à notre besoin du religieux dans un monde déserté par la religion. Ca explique pourquoi ça a tant de succès aussi.

    Euh tout ça pour dire que de manière générale, les « méchants » sont souvent caricaturaux et sans profondeurs. Or, c’est quand ce n’est pas le cas que ça devient intéressant. Ici c’est que clairement, Anotsu a des motivations qui ne croisent pas ceux de Lin. Le récit se fait du point de vue de Lin, donc forcément il nous apparaît comme le « méchant » (l’ennemi serait un terme plus juste). Mais comme l’auteur s’attarde aussi sur ses projets, on découvre un personnage avec un passé et des ambitions. De ce point de vue, l’Habitant de l’infini développe une réflexion riche sur l’idée de révolution (je raffole quand ça devient politique :). Anotsu a pour projet de détruire l’Ancien système qui n’a plus vraiment sens en temps de paix. En cela il veut initier une révolution politique, or on sait qu’aucune révolution ne se fait sans violence (même lorsqu’elle se veut seulement « culturelle » comme en Chine). Donc il a été obligé de tuer les représentants de l’ancien monde, ceux des dojos, pour pouvoir s’imposer. Par rapport à Lin qui a un but purement personnel, Anotsu est du côté de la politique et ne s’embarrasse pas des questions morales (Machiavel).

    Pour revenir à tes questions, je pense que si un « méchant » parvient à nous fasciner, c’est grâce à la fiction. La fiction rend possible différents points de vue et donc permet de complexifier les choses. Disons qu’un « méchant » réussi est un personnage pour lequel on a de l’empathie, auquel on peut un peu s’identifier. En ce moment je suis en train de lire Akira de Otomo, et franchement, je n’arrive pas à haïr Tetsuo (c’est pourtant un monstre haha). Peut-être parce qu’il passe son temps à souffrir et à être en proie à la folie ; qu’il n’arrive pas à faire du mal à Kaori ; qu’il aurait pu achever Kaneda facilement, mais ce dernier est toujours en vie.
    De même, prenons un vrai méchant dans l’histoire : Hitler. On n’a pas vraiment envie d’avoir affaire à lui. Faisons-en un personnage de roman, comme l’a fait E-E Schmitt dans La part de l’autre. Déjà il nous apparaît plus humain grâce à la fiction et ensuite on se dit qu’il faut un rien pour changer un homme. Autre exemple célèbre : Lacombe Lucien. Bien sûr ce ne sont que des conjectures, mais ça fait réfléchir. Disons que l’homme ne naît pas mauvais, mais le mal peut résider en chacun de nous. Conclusion : et si le « méchant » était un moi potentiel ?

    Bref j’en ai fini avec ma disserte.
    Pour les questions de liberté/fatalité, je ne pense pas écrire dessus. C’est juste des petits trucs que je remarque en passant, mais qui sait, si un jour j’ai assez d’éléments, je pourrais développer dessus.

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    1. Merci pour ce retour, cette dissertation comme tu l’appelles 😉

      Des références variées dont pas mal de découvertes : Lacombe Lucien a un résumé qui me plaît beaucoup. Et Norbert Elias fait partie des auteurs que plusieurs personnes m’ont recommandé. Si tu as des références complémentaires je suis preneur !

      La révolution fait partie de ces mobiles qui font bouger le monde, en vrai comme dans la fiction. J’aime assez la manière dont Anotsu présente les choses. C’est aussi clair qu’une lame bien aiguisée. Et pourtant une révolution charrie toujours son lot de problèmes et de questions : peut-elle être créatrice ? Justifie-t-elle des morts en vue d’une cause supérieure ? Face à cela il y a eu bien des réflexions et des pages mais la fiction apporte quelque chose en plus comme tu le suggères avec La part de l’autre (que je ne connais pas). Et je trouve cela rassurant (je ne sais pas si c’est le bon mot) parce que la lecture (ou le visionnage d’un film…) est une forme d’évasion précieuse et j’espère qu’elle continuera à l’être.

      Les éléments que tu mets en évidence sont des plus convaincants. Tetsuo fait partie de ces personnages qu’on n’arrive pas à rejeter c’est vrai. Il y a quelque chose de touchant en lui, un cri intérieur qu’il réprime (parfois) mais qui parcourt les pages. Les passages avec Kaori sont assez forts (je ne sais plus si elle le prend ou non dans ses bras à un moment ?). Cela me rappelle d’anciens propos à son sujet… Tu risques d’éprouver les mêmes sentiments avec Anotsu à la fin de la série.

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  6. Merci, contente que ça t’intéresse ! Je parlais de dissertation mais en fait c’est un peu ironique. J’ai passé trois ans de prépa à en faire, maintenant j’en ai un peu ma claque et c’est plus synonyme de prises de tête et d’enfermement. Et comme j’ai aussi mentionné quelques références, c’est pour prendre un peu de distance pour ne pas paraître trop prétentieuse (j’ai conscience du côté un peu « entre-soi » qui ne plaît pas toujours). Mais je suis soulagée que ça te donne envie de découvrir plus de choses.

    Lacombe Lucien de Louis Malle est très bien. Je l’ai vu il y a bien longtemps, et au moment où j’écris ces lignes, j’ai encore quelques magnifiques plans en tête, ce qui est archi rare. En plus, il y a aussi une sorte de « Kaori » 🙂 (oui elle prend Tetsuo dans ses bras, enfin c’est plutôt lui mais elle ne l’a pas repoussé)
    Norbert Elias, je ne l’ai pas lu dans le texte. Je ne me souviens même plus d’où je lu ce que j’ai mentionné, mais comme ça faisait écho à la culture populaire des héros, j’ai retenu l’idée.

    Pour Anotsu, comme tu dis « la révolution charrie toujours son lot de problèmes et de questions ». Mais révolution appelle aussi contre-révolution et je vois déjà venir la chose (bon en fait je n’ai pas pu m’empêcher de jeter un coup d’oeil aux résumés des prochains tomes). D’ailleurs si le sujet t’intéresse, je te conseille Quatrevingt-treize de Victor Hugo (bien que je n’aime pas trop cet auteur ; ça montre mon objectivité à reconnaître de la valeur à l’oeuvre quand même haha) : c’est un roman historique qui se passe pendant la Terreur, avec plein de rebondissements et de batailles épiques dignes des films hollywoodiens, un suspense haletant, beaucoup d’humanisme (parfois un peu dégoulinant) et d’héroïsmes sublimes, et plein de phrases bien stylées qu’on peut ressortir pour briller dans des soirées mondaines. En plus ce n’est pas manichéen avec les gentils vs les méchants (plutôt dialectique avec le Révolutionnaire, le contre-révolutionnaire, et le jeune un peu entre les deux mondes), Hugo propose vraiment une réflexion sur l’histoire, la révolution, la responsabilité morale et individuelle, la violence, le poids des convictions. C’est plutôt une bonne lecture pour l’été, réflexif et divertissant à la fois.
    Je pense qu’il y a des parallèles possibles entre la Révolution de 89 et ce qui se passe dans l’Habitant de l’Infini (j’en suis au t7, donc je ne sais pas trop pour la suite), par rapport à la féodalité et à « l’Ancien régime » (les règles rigides héritées). Mais bon je ne connais pas assez l’histoire du Japon pour m’avancer.

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    1. Ah les fameuses règles de la dissertation et sa rédaction : un bel ouvrage à reproduire plusieurs fois (devoirs, concours…). Je comprends sans peine que tu satures ; à force l’application des règles finit par faire perdre de sa liberté à notre plume. D’ailleurs, petite digression, Muriel Darmon a réalisé une étude vraiment intéressante sur « l’institution » CPGE (même si elle s’est intéressée « seulement » aux prépas scientifiques et économiques) pour voir un peu ce que la prépa « fait » aux étudiants, les exigences contradictoires…

      Aucun problème pour les références. Je suis curieux aussi quand je vois évoquer quelque chose que je ne connais pas cela me donne envie de le découvrir (même si cela fait grossir notre fameuse pile des choses à lire ou à voir). Partager ses connaissances, des ouvrages, œuvres… c’est quelque chose que j’apprécie beaucoup donc n’hésite pas !

      Excellent, tu me donnes encore plus envie de voir ce film ! J’avais beaucoup aimé Ascenseur pour l’échafaud et Le Souffle au cœur. Je risque de trouver la pièce manquante pour former un trio : )

      D’accord, j’ai farfouillé dans sa bibliographie et il a écrit sur pas mal de sujets. Et ce qui est bien c’est que pas mal de ses ouvrages ont été traduits. Bon il reste à savoir si la traduction est bonne ou non mais c’est bon signe. Une autre pile à lire : la pile Elias !

      Ha ha, lire les résumés des tomes à venir c’est normal, surtout quand une série nous plaît. Comme ça tu as un petit avant-goût de ce qui va arriver, de quoi rendre l’attente encore plus insoutenable ! C’est vrai que la réaction ne se fait souvent pas attendre. Quand on attaque il faut anticiper la contre-attaque d’autant plus que le projet de Anotsu est assez « démesuré ». Les parallèles historiques que tu suggères sont stimulants ! Les idées fusent et c’est super de voir un tel dynamisme 🙂

      Je ne connais pas cette œuvre de Hugo, une bien belle lecture d’été en effet, pour aborder une facette supplémentaire de l’artiste. Si en plus le verbe hugolien est de la partie ce serait dommage de s’en priver (ha ha, briller dans les soirées, tu penses à tout !).

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