No Guns Life – C’est de la balle (perforante) !

« Je n’ai aucune raison de
tenir à la vie, c’est tout. »
(Jûzô Inui)

Avec la parution de No Guns Life de Tasuku Karasuma (Reideen, Shangri-La, Doll’s Folklore) aux éditions Kana, c’est une nouvelle série prépubliée dans le magazine Ultra Jump (Shûeisha) qui est disponible en France ! Venez vous perdre dans les rues et les eaux souterraines de cette série – tout en veillant à ne pas vous faire piquer vos extensions mécaniques – et trouvez des Tanegashima pour Jûzô : il vous en sera reconnaissant.

no-guns-life-tome-1

Sans doute sur Terre, sans doute dans le futur

Le cadre temporel et géographique n’est pas détaillé. Nous sommes plongés dans un environnement urbain, après la « Grande Guerre ». Cette dernière a changé pas mal de choses. Entre une multinationale (Berühren) qui a profité du conflit pour devenir surpuissante – et tremper dans des affaires louches –, des humains modifiés (les Extends), dont les membres perdus ont été remplacés par des mécanismes robotisés, des personnes opposées à cette technologie sans oublier divers trafics illégaux, les rues labyrinthiques ont de quoi être agitées.

Comment faire en sorte que les braves citoyens dorment sur leurs deux oreilles ? La réponse passe par Jûzô. Il est un Extend, enfin un Over-Extend dont le corps tout entier a été modifié, la modification la plus frappante concernant sa tête, remplacée par un revolver. Il travaille comme Processeur, c’est-à-dire qu’il règle (par le dialogue ou par les balles) les problèmes liés aux Extends et d’autres trucs à l’occasion afin d’avoir de quoi payer son loyer (un exemple à suivre pour Gintoki ?).

A ce stade, l’univers proposé m’a fait penser à trois éléments : i) les dinosaures (la faute à la mâchoire de Jûzô) ; ii) l’univers de Tsutomu Nihei ; iii) celui de Judge Dredd.

une-bonne-soeur-croisee

À la recherche de la mémoire perdue

Jûzô fume (beaucoup) des Tanegashima, il n’aime pas l’humidité (la crainte de rouiller), les enfants et souhaite que personne ne touche ni ne presse la détente située derrière sa tête. La détente ou le symbole d’une confiance en l’autre que Jûzô semble avoir perdu. Il travaille comme il vit : seul.  Il n’a pas de famille. Pour autant, le point qui m’a le plus interpellé c’est la question la mémoire. Jûzô ne sait pas à quoi ressemblait sa vie avant qu’on ne le dote de toutes ces extensions, à l’instar d’une certaine Lady M. Cette perte de la mémoire est un premier point commun avec un jeune garçon qui va croiser sa route (et lui causer quelques ennuis et une fenêtre cassée) : Tetsurô.

En compagnie de Mary, la mécanicienne un brin taquine et non-fumeuse – qui apporte une touche d’humour bienvenue dans un univers qui peut devenir anxiogène –, Tetsurô fait partie des rares personnes gravitant autour de Jûzô. Un trio amusant à observer, qui donne l’impression d’une famille, liée par les extensions mécaniques.

no-guns-life-tetsuro-lever
Lève-toi et marche Tetsurô !

Rouages récalcitrants 

Dans un univers marqué par des corps transformés et le mélange de l’humain et de la machine (symbolisé par le cerveau auxiliaire), une question va émerger : les Extends sont-ils encore humains ? Cette interrogation traverse plusieurs personnages et se retrouve – second point commun – chez Jûzô et Tetsurô à travers leur volonté de ne pas être réduit au rang d’objet mais de s’affirmer comme sujet. La mise en avant de leur volonté propre traverse le volume pour une réflexion placée au cœur des œuvres de science-fiction portant sur ces thématiques.

Leur affirmation vient en contrepoint de la logique de Berühren et sa vision mécaniste où chacun n’est qu’un « rouage » bon à servir le monstre qu’est cette compagnie. Tout est subordonné à son bon fonctionnement. Pour un peu on opposerait au discours que l’on lit cette citation d’Alfred de Vigny (Journal d’un poète) : « Tous les utopistes, sans exception, ont eu la vue trop basse et ont manqué d’esprit de prévision. Après être arrivés à construire bien péniblement leur triste société d’utopie, de république, de communauté, et leur paradis terrestre organisé comme une mécanique dont chacun est un ressort, s’ils avaient fait un second tour d’imagination, ils auraient vu qu’en retranchant le désir et la lutte, il n’y a plus qu’ennui dans la vie. »

juzo-en-plein-combat-la-routine
Le choc des balles !

Au bonheur des lecteurs

Avec un trait précis qui sait s’énerver lorsque l’action l’exige, Tasuku Karasuma nous propose une histoire solidement agencée, avec quelques belles planches sur son héros processeur. Si son absence de visage ne le gêne nullement pour  fumer et boire un café, le lecteur s’amuse lorsqu’il s’agit de concevoir ses sentiments. Si le corps permet de saisir l’état d’esprit d’une personne, le visage est un outil privilégié via le regard, le froncement des sourcils, la bouche…

Mais la série ne nous laisse pas démunis. Bien au contraire nous pouvons imaginer à notre guise la tête que ferait Jûzô dans telle ou telle situation grâce : i) à la tonalité des propos, ce qui concerne tout à la fois la traduction et le jeu sur les caractères (gras, taille…) ; ii) aux choix opérés par Tasuku Karasuma concernant la posture du personnage, la place qui lui est accordée (pleine page, débordement de la case…), les jeux sur le noir, le barillet (pour les yeux), les déformations du revolver pour nous faire comprendre la gêne, la contrariété… (comme pour Alphonse Elric dans Fullmetal Alchemist). Jûzô est un drôle de spécimen, et ce n’est pas une question de physique.

juzo-sur-la-voie

****

Alors que les débuts d’une série en France se font parfois avec la sortie des deux premiers tomes, la parution du premier volume de No Guns Life se suffit à elle-même. Les six chapitres nous proposent une première histoire qui trouve sa conclusion tout en semant sur son chemin les graines nécessaires à l’éclosion de la suite du récit.

Avec ses rues où l’on fait de mauvaises rencontres, ses affaires louches, ses bonnes sœurs assassines et ses enfants perdus, la série s’offre un début réussi et plus que prometteur qui donne envie de revoir nos personnages mettre les pieds là où ils ne devraient pas pour secouer Berühren et confirmer un peu plus encore qu’ils sont aux commandes de leur vie.

180487l

N.B. : les images présentes ici le sont uniquement à des fins illustratives et demeurent la propriété de Tasuku Karasuma, Shûeisha et  des éditions Kana.

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s