Ghostface – La possibilité d’une île

La parution de manhwa en France est devenue plutôt rare aussi la sortie de Ghostface de Hyung Min-Woo aux éditions Pika constitue un petit événement en soi, d’autant plus que la série tout en couleurs sort en intégrale dans la collection Pika Graphic. Les premières pages sont consultables à cette adresse.

Rendez-vous sur l’île de Shodo dans 3, 2, 1…

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Séparer le bon grain de l’ivraie

Dans un futur proche, une solution radicale a été adoptée pour régler le problème de la criminalité. Les canailles de la planète se sont vues proposer un choix : être jugé et subir la sentence ou bien être absous de tout, à la condition express de s’établir sur une île et de ne jamais la quitter. Ceux qui ont opté pour la seconde option se sont retrouvés sur l’île de Shodo, 2200 km². Une zone de non droit en activité depuis plusieurs dizaines d’années lorsque Ghostface débute.

Coupés du reste du monde les criminels rassemblés se sont d’abord affrontés. Des morts et du sang versé émerge un équilibre des forces qui permet de vivre dans un environnement où les forts dévorent les faibles. Shodo est dirigé par cinq grands clans qui se partagent le territoire et contribuent à une paix provisoire. Clans qui appartiennent chacun à un registre bien identifié : guerriers féodaux, motards, mafieux, exaltés divers ; adeptes des arts martiaux, des armes à feu, des armes blanches, de la force brute… Quelques personnes, néanmoins, n’appartiennent pas à ces clans et suivent leur propre voie. Tetsan est de ceux-là.

Survivant de la première guerre de Shodo, Tetsan est doté d’une force surhumaine et d’un odorat surdéveloppé. Sans clan, il possède néanmoins un territoire où il est dangereux de s’aventurer si on n’a pas été invité. Il réside dans un vaste immeuble en compagnie de quelques dames et d’un majordome. Bien malgré lui, Tetsan va se retrouver au cœur d’un événement qui marquera l’île.

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Tetsan, qui n’a pas encore tombé la chemise

Une grande transformation

La vie pas si tranquille des habitants de Shodo va être chamboulée lorsqu’une personne va quitter l’île pour se rendre dans la Cité – sorte de ville aux milles lumières, contraste absolu par rapport à Shodo – et voler un produit pharmaceutique appartenant à une puissante entreprise : Kuriger Haim. En violant la « loi sacrée » de Shodo, cette personne est maquée « à vie en tant que Ghostface » et s’expose à une mort certaine (même si l’on verra que le terme peut recouvrir d’autres aspects). En effet, non seulement les forces régnant sur Shodo vont le rechercher mais Kuriger Haim va aussi dépêcher sur l’île (en toute discrétion…) une équipe d’intervention pour récupérer le produit volé qui n’est pas supposé exister.

Tetsan va se retrouver au beau milieu de tout cela et récupérer la seule survivante de l’équipe d’intervention, qui a été décimée par le Ghostface : Naomi. La jeune femme, qui a passé les jeunes années de sa vie dans les bas-fonds de la Cité a su, à la faveur d’une rencontre providentielle (?), fuir cette condition et occuper un poste de premier plan chez Kuriger Haim. De manière assez surprenante, elle attire rapidement tous les regards parmi les puissants de l’île. Comme si le Ghostface devenait secondaire dans leurs préoccupations… Quelques grandes manœuvres sont en cours, dont le résultat, je ne vais pas vous surprendre, sont tout sauf triviaux.

Là-dessus, Hyung Min-Woo construit un univers et un récit passablement animé, qui fait la part belle aux corps sculptés, pour les hommes comme pour les femmes. Si l’univers est viril, n’en concluez pas que les femmes ont un rôle secondaire sur l’île. Elles ne comptent pas pour des prunes.

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Un peu de compagnie pour le Ghostface…

Darker than black

Naviguant entre le présent et le passé plus ou moins lointain (quelques semaines, les débuts de l’île…), entre mythes et réalité, Ghostface nous propose un univers sombre, violent. Au fil des pages une intrigue se déroule où les évidences du départ sont peu à peu remises en question : si la vie à Shodo est impitoyable, celle dans la Cité n’est pas meilleure tant les personnes pauvres et tous ceux qui semblent exclus du système sont réprimés, tant les puissants semblent, dans les deux cas, opérer de la même façon.

Ce caractère sombre se trouve dans le décor de désolation de Shodo, véritable environnement post-apocalyptique où l’on reconnaîtra ici et là des vestiges du monde passé. La noirceur se traduit également dans les pages noires, sur lesquelles les dessins en couleurs de l’auteur viennent se poser. Une petite remarque à ce sujet : le papier utilisé est un peu fin si bien que, sur certaines pages on peut voir les couleurs du verso par transparence.

Le coup de crayon de Hyung Min-Woo nous offre une galerie de personnages badass ainsi que des cases retranscrivant toute la vélocité et la puissance des affrontements : posture, coups, résultats, déplacements des personnages. Les combats sont brefs la plupart du temps et on enchaîne rapidement avec la suite de l’intrigue. D’où un rythme assez élevé car il y a pas mal de choses à voir et à comprendre au fil de cette intégrale rassemblant les cinq tomes de la série.

La présence de la couleur est appréciable et donne une certaine chaleur au titre quand bien même les couleurs chaudes ne dominent pas massivement les couleurs froides. De plus, on peut signaler qu’à la fin du volume se trouve quelques mots de l’auteur, des illustrations en couleurs, en noir et blanc, ainsi que les couvertures des tomes (celle du tome 1 est vraiment sympa’).

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Naomi, avant qu’elle n’aille faire un tour sur l’île

Shodo un jour, Shodo toujours

En finissant ce manhwa on ne peut pas s’empêcher de voir un petit air de famille entre cette série et deux autres œuvres du catalogue des éditions Pika : Area D – qui partage aussi le fait que certaines personnes ont des capacités extraordinaires ; Burning Hell et son île déserte entre Corée et Japon où deux criminels s’affrontent (même si, au fond, ils s’aiment bien !).

Avec une fin ouverte, Ghostface laisse au lecteur le choix concernant le devenir de l’intrigue et son ultime conclusion. Si on sent une certaine accélération dans les dernières pages l’intrigue n’est nullement bazardée, elle a une fin (soyez rassurés lecteurs de Priest). Avant d’y arriver nous avons droit à un récit où sont introduits peu à peu les personnages centraux, ce qui permet une lecture aisée et de terminer le manhwa en étant à la fois satisfait et… prêt à en redemander !

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P.S. : les images figurant dans cet article ne sont ici que pour illustrer le propos et demeurent la propriété de Hyung Min-Woo et des éditions Pika.

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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