Fossiles de Rêves – Rêver éveillé

La collection Pika Graphic continue de grandir ! Il avait été question de Ghostface en novembre dernier sur ce blog, il sera question aujourd’hui d’un recueil d’histoires courtes par Satoshi Kon, paru début février sous le titre Fossiles de Rêves (Yume no Kaseki). L’occasion d’en apprendre davantage sur un auteur disparu trop tôt et qui a sévi tant du côté de l’animation (Millenium Actress, Paprika, Paranoia Agent, Perfect Blue, Tokyo Godfathers) que du manga (Kaikisen, Opus, Seraphim).

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Remarques tactiles, visuelles…

Avec Fossiles de Rêves nous avons entre les mains un gros ouvrage, de plus de 400 pages contenant 15 histoires courtes (dont la dernière en deux parties). La première histoire du recueil est disponible gratuitement ici. Elles ont été prépubliées au Japon sur une plage de temps assez réduite : entre 1984 et 1989 avant de paraître en 2011 dans le recueil Yume no Kaseki. De ce fait on n’observe pas de véritable rupture dans le style de Satoshi Kon, sa manière de dessiner les personnages – avec une influence de Katsuhiro Ôtomo –, de cadrer et composer les différentes scènes.

Certains récits ont un rendu visuel différents des autres, pour une raison simple : les planches originales ayant disparu, nous avons droit à une reproduction des pages du magazine de prépublication. Il y a donc une différence par rapport aux autres histoires courtes mais rien de catastrophique pour autant. La présence de « Pique-Nique », aux 3/4 de l’ouvrage permet d’avoir un récit tout en couleurs s’inscrivant directement dans l’univers de Akira (d’autres récits de Satoshi Kon évoquent des thématiques proches de ce manga) mais j’ai trouvé dommage que, pour ce récit, ne figure pas l’article « un autre 2019 » qui accompagnait l’histoire courte quand elle est parue dans Akira World (sans doute un problème de droits).

Outre le début de l’ouvrage qui contient une préface et une illustration de Matthieu Bonhomme, Fossiles de Rêves se termine de manière émouvante avec la présence d’un entretien de Susumu Hirasawa, qui évoque plusieurs traits de l’auteur qui sont autant de jalons utiles pour comprendre les histoires courtes présentes ici (et qui incite à se mobiliser pour faire en sorte que le développement du film Kon Yume Miru Kikai reprenne !). On trouve aussi un message de l’équipe éditoriale de Young Magazine suite à la disparition de Satoshi Kon en 2010.

Les mille et une nuits

Connaissant Satoshi Kon surtout pour ses travaux orientés vers l’aventure, le fantastique voire le suspense, la lecture du recueil m’a permis d’aller bien au-delà. Entre des soldats du IIIe Reich naviguant dans un tank en Afrique du Nord, des enfants jouant au base-ball, un Père Noël bien plus sympa que notre Félix national, une mamie dévalant à toute allure le bitume (ce n’est pas la Turbo-Mémé de Area 51 et elle ne prend pas de produits dopants) et des hommes qui ont vu « la Bête » (titre d’une des histoires courtes) on se rend compte que Satoshi Kon est un auteur aux mille facettes.

Les récits couvrent donc une multitude de genres, ne se passent pas à la même époque, dans les mêmes lieux. Certains font franchement rire (Remue-ménage, Un été sous tension, Mise au point, Les invités, Au-delà du soleil… remarque : il y a des jeux de mots dans les titres !) même s’ils ménagent toujours une part à la réflexion (sur la jeunesse, les rapports familiaux, le fonctionnement de la société, la science…), d’autres font rire alors que le point de départ ne s’y prêtait pas forcément (Les kidnappeurs) et certains ont une dimension plus sombre, plus interrogative notamment par rapport à l’avenir (je pense plus particulièrement à Sculpture, Pique-Nique ou Les prisonniers). La chute, plus ou moins préparée (« Mais c’est bien sûr ! » se dit-on en relisant le récit) survient souvent là où on ne l’attend pas (La Bête, Le dauphin du désert).

It was a dream come true

Les histoires s’enchaînent chronologiquement (de la plus ancienne à la plus récente) à l’exception du dernier récit, « Les Prisonniers », qui est aussi le plus ancien. Paradoxe qui peut se lire comme un hommage à la pensée de Satoshi Kon tout comme un moyen de terminer le recueil avec un récit faisant écho à celui qui l’a débuté. L’impression de voguer de rêve en rêve, de rêve de Satoshi Kon en rêve de Satoshi Kon finit par apparaître au détour des pages. Le recueil n’en est que plus dépaysant et satisfaisant, sentiment renforcé par le fait que les récits ne font pas tous la même longueur. Pour autant la longueur a-t-elle un impact sur les histoires que vous préférez ? Á vous de me le dire…

Si l’auteur n’est pas avare d’ironie envers ses personnages (notamment masculins), c’est une ironie bienveillante. Si les personnages ont des travers l’auteur les aborde avec une certaine tendresse. En la matière, les jeunes comme les adultes se voient dépeints avec les défauts de leur âge si l’on peut dire. Là-dessus ce n’est pas l’humain en soi qui semble inquiéter Satoshi Kon, mais plutôt ses réactions en rapport avec l’environnement qui l’entoure. Si le pire n’est jamais certain on sent une inquiétude parcourir certains récits, une inquiétude qui, plus de 30 ans après leur première parution n’a pas pris une ride.

Des fossiles bien vivants

Les quelques remarques qui précèdent ont voulu montrer tout à la fois l’unité dans la diversité des histoires courtes qui nous sont proposées en même temps que le plaisir pris à parcourir Fossiles de Rêves. J’ai suivi l’ordre de l’ouvrage mais on peut parcourir les histoires dans l’ordre que l’on veut sans rien rater. Par ailleurs, je n’ai pas eu l’occasion d’en parler plus haut, mais la traduction a été assurée par une seule et même personne : Aurélien Estager. Un travail très bien mené, qui participe à l’enchaînement tout en souplesse entre les récits, avec une adaptation graphique des plus satisfaisantes.

En somme les récits de Satoshi Kon sont comme un assortiment de douceurs, où l’on peut choisir celles que l’on veut selon que l’on souhaite rire, réfléchir, se moquer, avoir un frisson nous parcourir l’échine…

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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