Je voudrais être tué par une lycéenne, vol. 1 – Á cœur vaillant rien d’impossible ?

« Quitte à mourir je préfère encore que ce soit
de la main d’une jolie lycéenne. C’est la raison
pour laquelle j’ai décidé de devenir enseignant. »
Haruto Higashiyama

Alors que les lycéen.ne.s de la zone A ont repris le chemin des cours en début de semaine, voici qu’arrive une nouveauté 2017 dont l’intrigue se déroule (notamment) au lycée ! Si la sortie du premier tome de Je voudrais être tué par une lycéenne (Joshikousei ni Korosaretai) de Usamaru Furuya n’est pas une excuse pour sécher les cours, il se révèle suffisamment prenant pour mériter toute notre attention.

Je voudrais être tué vol. 1

Le plus beau métier du monde

On connaissait le professeur qui voulait sortir avec une lycéenne (Onizuka, GTO), le professeur qui a tué des lycéennes (Seiji Hasumi, Lesson of the Evil), voilà le tour du professeur qui désire être tué par une jolie et frêle lycéenne : Haruto Higashiyama. La raison ? Cet enseignant de 34 ans, célibataire, est autassassinophile c’est-à-dire qu’il est attiré sexuellement par le risque d’être tué par une autre personne.

Ce désir le conduit à laisser tomber sa formation de psychologue clinicien pour embrasser la carrière de professeur d’histoire, géographie et d’éducation civique. Et au lycée de Nitaka, Higashiyama a trouvé la fille de ses rêves, celle qui le tuera de ses propres mains (il a une préférence pour l’étranglement) : Maho Sasaki. Son désir sera-t-il exaucé ? Comment arriver au résultat souhaité ? Ce volume et le second (et dernier) à venir nous éclaireront sur ces questions.

Pour l’heure nous voyons se mettre en place la pièce. Les principaux acteurs sont présentés successivement au cours des quatre premiers chapitres du volume un. Une présentation soignée qui lors des trois premiers chapitres part d’un même moment (l’annonce d’une interrogation en classe) mais vécu par différentes personnes. Usamaru Furuya arrive à dire beaucoup en peu de cases (de trois à six par pages) et en peu de mots : les paroles des personnages cohabitent avec les pensées du personnage que nous suivons, placées sous la case, dans un cartouche.

Des lycéennes

La déviance dans la normalité (ou l’inverse)

Le premier chapitre ouvre magistralement la série. En une trentaine de pages, Usamaru Furuya nous présente Haruto Higashiyama dans un résumé bluffant par sa concision et sa précision. Surtout, ce que nous apprenons évacue toute dimension humoristique concernant le personnage. Á première vue un professeur qui veut être tué par une de ses élèves peut faire rire. Ce n’est pas le cas ici car Higashiyama pense rationnellement l’organisation de son meurtre (coucou la rationalité en finalité), ne veut pas que sa meurtrière soit poursuivie. Il n’y a rien de comique là-dedans.

Alors on pourrait trouver le personnage anormal, déviant, repoussant… Il n’en est rien. L’origine de son autassassinophilie n’est pas résolue (ce n’est pas le sujet) mais nous voyons les grandes étapes de sa vie, sa manière de vivre avec ce penchant. Et il n’y a rien d’horrible, de désobligeant à observer. Si Higashiyama vit pour sa mort, mais cela ne l’empêche pas de donner le change devant ses élèves. Mais quand il est seul, le masque tombe, sa « déviance » s’exprime.

Le professeur n’est pourtant pas le seul à ne pas rentrer dans les cases utilisées pour classer les individus. On apprend d’ailleurs que le lycée connaît des problèmes de harcèlements, d’absentéisme, signe que tout ne marche pas comme sur des roulettes. Maho Sasaki, la fille jolie et aimée de tous cache un secret. Aoi Gotô, sa meilleure amie, ne sait pas lire les sentiments d’autrui et panique quand elle est en groupe (elle est scolarisée à l’infirmerie du lycée). Néanmoins elle est très intelligente et a peur de Higashiyama. Par toutes ces voies, Je voudrais être tué par une lycéenne croise des chemins que nous avons aperçus avec Les Fleurs du Mal ou Tokyo Kaido.

Personnages
Aoi, Haruto et Maho

Une mise en scène aboutie

Je voudrais être tué par une lycéenne joue finement avec la psychologie des personnages. Le professeur puis la psychologue scolaire qui intervient contribuent à cela, notamment cette dernière qui va dialoguer avec les élèves, saisir certaines choses et mettre le doigt sur certains sentiments, certaines réalités. Il n’y a pas de linéarité, de surface lisse chez les individus mais toujours des aspérités, ce qui participe sûrement à l’intérêt que l’on éprouve pour eux.

Chaque chapitre du volume s’ouvre par une photo représentant une scène d’un établissement scolaire (salle de classe, escalier, couloir…). Comme pour mieux inscrire le récit dans le réel, rendre floue la frontière entre l’intrigue et la réalité – on retrouve cela sur la couverture où l’on est dans une salle de classe avec des dessins de Higashiyama au tableau. On peut d’ailleurs remarquer (sauf erreur de ma part) qu’il n’y a pas de phrases nous informant que ce récit est fictif, que toute ressemblance, etc. Le trait de l’auteur est fin, constant au fil des pages et il accorde une importance toute particulière aux décors extérieurs, notamment les arbres, la forêt – avec des fonds sans doute issus de photographies mais (bien) retouchées par l’auteur pour les faire correspondre graphiquement à son travail.

Du côté de l’édition française, si on repère quelques coquilles la traduction de Fabien Nabhan se révèle satisfaisante, pour une lecture sans heurts. La jaquette a un aspect brillant du plus bel effet, le volume est souple mais pas trop et je n’ai pas remarqué de problèmes de transparence au niveau des pages intérieures.

strangulation p
La strangulation en solo n’est pas la solution…

Réussir sa mort plutôt que réussir sa vie ?

En presque 240 pages, Usamaru Furuya nous propose une première moitié de série réussie. Je voudrais être tué par une lycéenne progresse de manière maîtrisée, le récit ne connaît pas de redondances mais pose différents éléments qui finissent par s’assembler pour constituer un tableau oscillant entre le drame, l’ironie (cruelle) et la réflexion. C’est donc un manga savoureux, qui redistribue les places (professeur/élève ; adulte/adolescent ; homme/femme…) en même temps que le lecteur se demande si la mort du professeur, si elle survient, correspondra bien à ce qu’il imagine. Rendez-vous en octobre 2017 pour la réponse !

P.S. : les images présentes ci-dessus ont seulement une fonction illustrative. Elles demeurent la propriété de Usamaru Furuya, Shinchôsha et des éditions Delcourt/Tonkam.

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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