Alien: Covenant – Not the Same Old Story

Nous y sommes ! Alien: Covenant sort, amenant avec lui la créature peut-être la plus célèbre du 7ème Art. Mais sa présence suffit-elle à faire du film un opus de plus de deux heures qui vaut la peine d’être vu ? Faites attention où vous mettez les pieds (oui Chuck, même toi), ne regardez pas ce qu’il y a dans un oeuf quand il s’ouvre et embarquez pour une expédition pas tout à fait sûre.

Les spoilers sont réduits au minimum.

Synopsis :
Les membres d’équipage du vaisseau Covenant, à destination d’une planète située au fin fond de notre galaxie, découvrent ce qu’ils pensent être un paradis encore intouché. Il s’agit en fait d’un monde sombre et dangereux, cachant une menace terrible. Ils vont tout tenter pour s’échapper.

Affi
Fuir le film ?

L’humanité est finie

L’intrigue générale ne surprendra pas. C’est la même recette que celle déjà envisagée dans les films précédents et on pourra se délecter des clins d’oeil à Alien : Le 8ème passager, qui abonde au fil du film, jusque dans l’utilisation de la queue du xénomorphe… Pour autant, le film n’est pas un simple remake du premier opus de la saga qui aurait bénéficié des dernières avancées en matière de rendu visuel, etc.

Non un changement s’opère dans la philosophie générale d’Alien. Le Covenant a à son bord des milliers de personnes et son objectif est de coloniser une planète. L’humanité doit se trouver un nouveau chez soi pour continuer à vivre. La question de l’origine présente dans Prometheus s’efface, côté humain, pour donner toute sa place à celle de la survie. Et de survie il en est question dans Alien: Covenant tant les humains présents se font dégommer au fil du film pour servir d’incubateur, de sources de nourriture aux xénomorphes. Ce ne sont plus les humains qui sont les stars. Par rapport au trailer j’ai envie de dire bien joué car je ne m’attendais pas à cela.

On ressent alors que le film a comme héros, non pas un nouvel avatar de Ripley en la personne de Daniels, mais un anti-Ripley – la revanche de Ash si l’on veut. C’est l’androïde, David, le survivant de Prometheus (le Dr Shaw n’est pas de la partie) qui tient le haut du pavé. Dès la scène d’ouverture, riche en symboles (un gros plan sur un oeil qui fait le lien avec Blade Runner ;  la Nativité de Piero Della Francesca ; le David de Michel-Ange ; L’Or du Rhin de Wagner joué au piano) on voit David parler avec son créateur et évoquer la question qui traverse le film : celle de la création (et d’une supériorité de la créature sur son créateur). Comme Victor Frankenstein David est gourmand du fruit de la connaissance et en bon Robinson Crusoé qui s’ennuie, il joue (encore) au petit biologiste pour tuer le temps (le vaisseau Prometheus est porté disparu depuis 10 ans).

Daniels
La mort a de bons côtés : Daniels finira commandante du Covenant !

La parole est d’or mais le silence est… angoissant

Alien: Covenant prend donc un malin plaisir à jouer avec les sentiments des humains pour mieux les conduire à l’abattoir. Voilà leur fonction – d’où le fait qu’aucun ne marque vraiment les esprits (à part Daniels ?). De ce fait le film ne comporte pas vraiment de décisions absurdes, d’actes insensés de la part de l’équipage. Certes on pourra toujours se dire qu’approcher son nez de tel endroit, mettre la tête à tel autre est un peu dangereux, voire que telle décision présentée comme rationnelle ne l’est pas vraiment a posteriori (voir le personnage de Christopher Oram : la raison faite homme…). Oui mais c’est oublier i) que dans notre vie quotidienne les décisions « absurdes » sont légions ; ii) que la raison cohabite avec des émotions, des valeurs, bref, quand il faut décider les humains ne sont pas des purs produits rationnels.

En revanche s’il y a un point qui m’a un peu plus gêné c’est celui de la gestion du temps pour l’incubation des xénomorphes et leur croissance. Pour faire simple les durées varient dans les deux cas ce qui est pratique pour l’intrigue afin de la faire avancer comme on le souhaite mais cela nuit (un peu) à la cohérence interne du film.

Deux points forts du film : visuel et auditif. Les paysages sont vraiment jolis à voir, tout comme les constructions que l’on voit. Si bien que le film a presque un côté huis-clos : enfermés dans un vaisseau dans l’espace les hommes sont enfermés dans une zone restreinte quand il débarque sur une nouvelle planète. Et le silence qui règne sur la planète est assez terrifiant et renforce la sensation d’isolement qui traverse le film. Côté musique, les plus marquantes renvoient à Wagner et s’inscrivent dans une esthétique qui n’est peut-être pas si éloignée que cela du romantisme version allemande.

Blanc
Créateur et créature, jeu de contrastes

Et maintenant ?

Alors que les réflexions sur les robots, leur impact sur l’emploi, etc. agitent bon nombre de recherches contemporaines, Alien: Covenant montre le remplacement des humains par des androïdes. Certes ces derniers sont joués par des hommes mais il n’en demeure pas moins que les dialogues les plus instructifs, ceux qui nous apprennent le plus de choses sur ce qui s’est passé, etc. ont lieu entre David et Walter, sa version « améliorée » présente sur le Covenant. On peut d’ailleurs opérer une lecture croisée entre les deux personnages, leur rapport au personnage féminin qu’ils ont côtoyé…

L’ode à l’humanité n’est donc pas à l’ordre du jour. Ce que le film nous dévoile, c’est qu’il faut des hommes pour qu’il y ait des xénomorphes. Ce n’est pas nouveau mais ici il me semble que le propos prend une ampleur plus importante : l’horreur est un rejeton de l’humain. Et il n’est pas besoin d’être fait de chair et de sang pour la créer. Là-dessus David est un androïde « trop humain ».

Un petit mot sur la bêbête : alors que Prometheus pouvait laisser sur sa faim quand à l’allure du xénomorphe, cette fois-ci nous avons droit à une créature bien en phase avec nos habitudes dans la saga, même si elle perd, à mon sens, le côté bio-mécanique présent dans le premier film. Surtout la créature m’a semblé un peu trop propre, moins de bave, il y a moins cette impression poisseuse, sa respiration angoissante que l’on a pu avoir lors de nos précédentes rencontres.

Xénom

Un cri dans l’espace…

Les personnes les plus tranquilles dans Alien: Covenant seront finalement les colons qui sont restés tranquillement dans leur sommeil cryogénique. Les autres auront vécu l’exploration d’une planète où il ne fait pas vraiment bon vivre. Plus énervé que Prometheus, le film conserve quelques moments contemplatifs et d’interrogations mais opte pour un rythme plus élevé où l’action et les morts surviennent plus rapidement (et plus atrocement ?) que dans ses réalisations précédentes. La quête de l’absolu de David nous confronte à une crainte qui dépasse la question de la maternité/gestation présente dans les films Alien précédents pour embrasser de multiples angoisses que chacun.e pourra dénicher à sa guise. Joyeuses réjouissances en perspective.

 

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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