Courrier des miracles, vol.1 – Livrer pour exister

« Dans la vie, ça ne tient qu’à toi de perdre
ou de gagner, pas vrai ? Alors les gens qui
sont négatifs par nature voient le mal
partout, même quand tout se passe bien… »
Shoko

Faut-il frôler la mort pour apprécier la vie ? Cette question, un peu extrême, se pose alors que l’on suit Makoto au fil des premiers chapitres du Courrier des miracles. Devenu un livreur très spécial suite à un accident, il va, au cours de cette activité, remettre en perspective sa vie pour, qui sait, l’apprécier davantage et ne plus pester contre un quotidien morne en apparence.

Courrier des Miracles Tome 1

L’ennui de la vie

La vie de Makoto Murase semble marquée du sceau de la routine. Les jours passent et répètent le même schéma, les mêmes actions et interactions. Si cela ne lui déplaît pas on ne peut pas dire qu’il en soit enchanté. On sent l’ennui poindre à l’horizon et l’adolescent de se demander si tous les jours du reste de sa vie vont ressembler à cela. Cela n’empêche pas un peu d’animation lorsqu’il rentre chez lui le soir et que sa sœur, Mashiro, râle parce que ni Makoto ni leur père n’aident pour mettre la table. Mais il suffit parfois de pas grand-chose pour bousculer la routine du quotidien.

L’élément perturbateur prend ici la forme d’un pigeon blanc auquel Makoto vient en aide un matin, avant de se rendre en cours. Cet événement, anodin en apparence, va chambouler la journée du lycéen au point qu’elle se terminera par un accident et la mort de Makoto. Enfin, pas tout à fait : il se trouve dans le coma. Pour en sortir il devra jouer le rôle d’un facteur bien particulier : un facteur qui distribue des miracles aux humains. Mais attention, si ces derniers n’utilisent pas le miracle qui leur est proposé Makoto n’aura pas réussi sa livraison, ce qui ne lui permettra pas de récupérer rapidement son corps.

Accompagné du pigeon auquel il a sauvé la vie Makoto revient dans le monde des vivants. Ses cheveux ont blanchi et si on peut le voir et le toucher, le corps de l’adolescent est léger comme une plume, n’a pas vraiment une consistance propre. Vous avez dit fantôme ? Vous avez raison. Un fantôme qui doit accomplir des livraisons pour revenir à la vie.

Sauver un pigeon
C’est à partir de là que tout a commencé…

Se réfléchir dans les autres

Si Makoto se voit offrir une seconde chance, en quelque sorte, les tâches qu’il doit effectuer sont l’occasion de s’interroger devant ce qu’il voit pour en tirer quelques leçons. Ainsi a priori rien ne lui assure qu’il pourra regagner son corps s’il effectue bien toutes les livraisons. Il doit croire. Du moins s’il veut revenir à la vie : après tout, si sa vie ne lui convenait pas tant que cela, pourquoi s’y accrocher ? Pourquoi lutter si c’est pour mener une vie décevante derrière ? Courrier des miracles ne fait pas preuve de naïveté en enchantant la vie dès le départ. Même si celle de Makoto n’a rien d’un calvaire il la juge pourtant insatisfaisante.

De ce fait, les livraisons sont pour lui source d’enseignements et un moyen de s’impliquer (il faut que la personne ouvre la lettre, le colis… contenant le miracle). Cette implication permet ainsi de rendre l’adolescent plus actif qu’il ne l’a été jusque-là. Plutôt que de se laisser porter par une quelconque routine ici il doit s’adapter : pour convaincre les personnes, pour livrer dans le temps imparti… Et on voit qu’en parlant aux autres, Makoto se parle aussi à lui-même. Parce que les thèmes dont il est question ont une portée générale, qui concerne les personnes de tous âges mais en plus parce que Makoto livre surtout à des jeunes.

Ses « clients » ont besoin à un moment de leur vie d’un miracle. Ce miracle n’est pas forcément quelque chose d’extraordinaire, qui changerait la face du monde. Non, ce sont plutôt des petits miracles, qui redonnent le sourire, qui remettent en scelle et permettent d’avancer. Ne pas passer à côté d’une rencontre, sortir du pessimisme, profiter de son quotidien et trouver des éléments pour rédiger un devoir… Et comme Makoto assiste à cela, par un effet de retour, alors qu’il a apporté un miracle à ces personnes, celles-ci lui rendent, indirectement, la pareille.

Makoto et
Makoto, sa nouvelle couleur de cheveux et son nouvel employeur

Qu’est-ce qu’une vie bonne ?

Sans présumer de ce que nous réservent les autres tomes, on peut remarquer que Courrier des miracles tourne autour de la thématique de la vie qui vaut la peine d’être vécue. Comme le note un des personnages, c’est à nous de trouver des raisons de vivre pour qu’au moment de mourir on puisse se dire – dans une perspective très aristotélicienne – que cette vie a été « bien remplie ». Un propos simple et efficace : le manga n’est pas là pour donner de grandes leçons de vie mais pour évoquer des pistes, à charge pour le lecteur de s’en saisir.

Pour l’instant le rythme un chapitre = une livraison ne nous brusque pas. La fin du tome contient un cliffhanger qui sera peut-être désamorcé au début du prochain tome mais pour un premier tiers de série ce volume pose clairement les enjeux qui devraient être développés par la suite. De ce point de vue, les questions abordées pourront toucher tous les lecteurs renforçant un peu plus encore la portée de la série, avec des personnages qui ont tout pour gagner notre sympathie.

L’édition française se révèle de bonne qualité. S’il n’y a pas de page en couleurs, l’impression est propre, la traduction de Ryoko Akiyama ne comporte pas de fausse note. Le dessin de Noboru Asahi offre un design clair en dépit de quelques inégalités. On pourra apprécier le design de l’employeur de Makoto, représenté dans le plus simple appareil des fantômes : des jambes, des bras et un drap qui recouvre le corps ou encore les jeux de couleurs des bulles. L’humour se retrouve ponctuellement, ce qui permet de ne pas avoir une atmosphère trop sombre.

Ascension
Gravir, s’élever : Makoto va-t-il y arriver ?

Ma vie de livreur de miracles

Qui suis-je ? Où vais-je ? Dans quel état j’erre ? Ces questions, Courrier des miracles les prend à bras le corps au fil d’une intrigue qui avance au fur et à mesure que Makoto procède à ses livraisons. Sans nous embarquer dans un discours abstrait mais avec un souci de simplicité et de clarté qui fonctionne, ce premier tome de Noboru Asahi nous offre un bel instant de lecture et nous permet, à l’instar de Makoto, de nous questionner sur la vie que nous menons. Prochaines livraisons de miracles prévues pour septembre avec la parution du tome 2 !

Copyright courrier des miracles

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

3 réflexions au sujet de « Courrier des miracles, vol.1 – Livrer pour exister »

  1. J’hésitais à débuter ce manga, mais ton bel avis me donne réellement envie de me lancer. Si je mets la main dessus prochainement, je l’achèterai sans aucune hésitation 🙂

    J'aime

    1. Merci pour tes mots Neko ! J’ai vraiment apprécié ce que ce titre dégage aussi je ne peux que te souhaiter de mettre la main dessus et d’en faire une belle lecture. J’attends ton avis ! 🙂

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s