Blame! – C’est par où la sortie ?

Un OAV et un court passage dans l’animé Knights of Sidonia (KoS) : voilà pour la place de Blame! dans le domaine de l’animation jusqu’à l’arrivée d’un film disponible depuis le 19 mai dernier du côté de Netflix. Réalisé par Hiroyuki Seshita et POLYGON PICTURES – déjà à l’œuvre sur l’adaptation animée de KoS, le projet a été entre de bonnes mains en plus de pouvoir compter sur l’implication de Tsutomu Nihei. En attendant un éventuel second film oublions notre boussole, la notion du temps et perdons-nous dans les dédales d’une ville devenue folle…

Deux remarques préalables :

  • l’avis ci-dessous porte sur la version française dont je reprends la terminologie ;
  • les révélations (spoils) sont limitées au minimum
Dzuru
Dzuru tombe le masque ! © Tsutomu Nihei, Netflix, KODANSHA/BLAME! Production Commitee

« Mon nom est Killy et je suis un humain »

Quelque part dans le futur nous suivons une bande de jeunes à la recherche de nourriture. Équipés d’exosquelettes ils progressent non sans quelques précautions à travers des structures monstrueuses : « la Ville ». Pas de soleil, pas d’arbre, une vie animale quasi-inexistante. Ils ont tout d’êtres piégés dans un labyrinthe gigantesque qui s’agrandit de manière incontrôlée sous l’effet de robots immenses : les constructeurs. Aucun architecte ne supervise les manœuvres. Personne n’est aux manettes. Les humains ont perdu le contrôle des machines depuis « la Contagion » : impossible de se connecter à la résosphère pour donner des ordres aux machines. Les êtres humains sont alors vus comme des résidents illégaux et, à ce titre, pourchassés par des sauvegardes dès que des « miradors » les repèrent.

Si on l’aperçoit après 7 minutes de film, il faudra attendre quelques minutes de plus pour voir Killy entrer en scène et sauver la mise à Dzuru et aux quelques survivants de l’escapade. Killy et son « émetteur positronique » bien sûr, arme emblématique de Blame! Killy est à la recherche d’un terminal génétique, élément qui permet de se connecter à la résosphère. Dzuru et ses amis survivants ne savent pas de quoi il parle mais ils l’emmènent auprès des adultes : direction le village des électropêcheurs. Là-bas Killy fera une rencontre qui pourrait lui permettre de mettre la main sur un terminal génétique et aux électropêcheurs de mener une vie meilleure : ils ne sont plus que 150… Mais entre la promesse d’une amélioration et sa concrétisation il peut y avoir un fossé plus ou moins important que vous pourrez estimer en regardant le film.

Un film d’environ 100 minutes, sans scènes post-générique qui insiste plus particulièrement sur trois personnages : Dzuru la narratrice, Killy et Shibo (une scientifique). Dzuru occupe donc une place centrale, qui n’est pas sans évoquer celle de « l’enfant sauvage » dans Mad Max 2. Certes on pourra trouver qu’elle s’attache bien vite à Killy mais elle est quand même moins insupportable que le boulet (Fusata ?) qui ne comprend rien à ce qui se passe alors que tout le monde se fait dégommer autour de lui, et qui sert alors surtout à montrer que Dzuru a « grandi ». Outre le trio principal on trouvera des personnages comme Le Père, Sana-kan… mais qui ont une importance moindre.

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Aperçu d’exosquelettes et vue subjective ©Tsutomu Nihei, Netflix, KODANSHA/BLAME! Production Commitee

Il était une fois, dans une ville sans fin…

L’élément qui est au centre du film est la Ville. Si d’autres séries, films la mettent au premier plan (on pourra penser à Sin City) ici elle apparaît inquiétante car tentaculaire, sans limite visible. Comme un paradoxe : l’immensité de l’ouvrage renvoie à un sentiment d’enfermement. D’ailleurs les électropêcheurs ne quitteront pas la ville mais se rendront dans un autre niveau où les sauvegardes ne les pourchasseront plus. Fuir sans s’échapper en somme. La dimension de l’environnement est rendu par deux moyens principaux : d’une part le recours à des plans qui permettent de mettre en perspective la taille des personnages et leur positionnement relativement à une vue (partielle) de la Ville ; le recours aux paroles et aux chiffres d’autre part. Car en plus de s’étendre en largeur (pour parcourir 15 blocs un électropécheur déclare que cela prendra 2 à 3 jours) la Ville s’étend aussi en profondeur (Killy dit avoir parcouru 6000 niveaux pour rejoindre les électropêcheurs).

Le déroulement de l’intrigue permet d’alterner entre des phases d’action joliment mises en scène, avec un bon rythme et quelques ralentis savoureux et des moments plus lents, qui sont l’occasion d’échanges entre les personnages sans que l’impression du « ils parlent pour expliquer ce qui se passe aux spectateurs » dominent. Si le film est indéniablement plus bavard que le manga, Killy ne devient pas pour autant un moulin à paroles et les échanges ne sont pas de longs discours mais fournissent la trame pour que tout un chacun puisse comprendre de quoi il retourne.

Fidèles à ce qu’ils savent faire, H. Seshita et l’équipe de POLYGON PICTURES ont réalisé ce film en recourant au cell shading 3D. Un procédé qui a ses partisans et ses détracteurs mais qui n’avait pas démérité du côté de KoS. Pour Blame! Je n’ai pas trouvé de gros défauts. Certes les Sauvegardes se déplacent avec un aspect très mécanique et on sent le recours à l’outil informatique mais les autres personnages ont des mouvements qui ne sont pas rigides. Quand ils se déplacent les bras et le bassin se déplacent avec les jambes ; les expressions des visages évoluent en fonction des situations… Le seul petit reproche concerne certaines scènes où des personnages se mettent en route, où il y a parfois de petites coupures entre la posture du personnage en t et celle qu’il a en t+1 juste après avoir changé de direction par exemple.

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Prêt.e.s pour une partie de cache-cache ? © Tsutomu Nihei, Netflix, KODANSHA/BLAME! Production Committee

Et par rapport au manga ?

L’histoire qui se développe dans le film emprunte principalement aux tomes 3 et 4 du manga tout en piochant des éléments dans les tomes qui précèdent et qui suivent (au moins jusqu’au tome 6). Aussi Blame! peut-il être vu comme une introduction au manga, une version qui décrypte l’univers posé par Nihei pour mettre ensemble des morceaux dispersés dans le manga, expliciter certains points. En somme le film est un ré-assemblage des principaux éléments qui donnent un kit de survie, le background nécessaire pour donner une clarté qui pouvait faire défaut au manga. Une volonté manifeste dès les premiers instants où la narratrice, Dzuru, nous explique en quelques mots quelle est sa situation et celle de ses petits camarades.

Bien sûr le film prend aussi quelques petites libertés par rapport au matériau d’origine. Outre les changements liés au réagencement du scénario (rencontre entre Killy et Shibo par exemple, rôle de Dzuru…), certains instaurent de petites différences. On peut penser à la tenue des électropêcheurs, à ce que porte Killy autour du cou ou encore à la manière dont il booste la puissance de son arme. Dans le manga il le faisait en se branchant à des sauvegardes. Ici il accroît la puissance en s’injectant des substances dans le corps. Le village des électropêcheurs est différent de celui du manga, tout comme ce qui va leur arriver et ici c’est le feu qui permet de redonner un peu de vigueur et de foi. Ils semblent plus liés au passé (à notre monde et à ses traditions) par rapport aux personnages du manga.

Enfin, graphiquement, le style du film est différent du manga mais colle davantage avec l’évolution graphique de l’auteur. Pour autant on retrouvera les mêmes marques sur le visage de Killy que celles présentes dans le manga mais l’ensemble demeure moins cryptique, moins dur que le manga sur certains points. Surtout, les planches où l’auteur exposait quelques monstres architecturaux se trouvent ici réduites. Certes il y a des plans pour nous montrer les lieux, leur immensité… mais le souffle du manga ne se retrouve pas complètement.

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Non, Shibo n’est pas en train de se la couler douce à la mer… ©Tsutomu Nihei, Netflix, KODANSHA/BLAME! Production Commitee

Dans la ville, personne ne vous entendra crier…

Le film d’animation Blame! réussit à maintenir l’équilibre entre un film suffisamment clair pour intéresser des personnes novices à l’univers de Tsutomu Nihei et, en même temps, contient suffisamment d’éléments pour intéresser les connaisseurs qui pourront s’amuser à noter les références présentes, les emprunts faits. Réalisé sans fausse note, le film se termine avec une fin ouverte qui sera peut-être complétée un jour.

Le générique de fin nous propose différentes images montrant les personnages qui ne sont pas sans faire écho aux films de super-héros. Le ton est pourtant bien différent dans Blame! où le « sauveur » aura une action certes non-négligeable mais où il ne pourra pas faire des miracles. Comme un signe des temps le film contient des échanges sur la situation des personnages et le rapport à la technologie, comme une méditation en guise d’avertissement à une époque où l’on se demande si la science-fiction n’a pas échoué à nous faire réagir aux évolutions qui nous entourent.

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

2 réflexions au sujet de « Blame! – C’est par où la sortie ? »

  1. Gros fan de Nihei et considérant Blame! comme l’un de mes mangas cultes, je dois avouer que j’ai détesté ce film. Outre le fait que le personnage de Dzuru m’est parfaitement insupportable, le film souffre trop de la comparaison avec le manga (dans mon cas, du moins). Trop coloré, trop bavard, je n’ai pas retrouvé la noiceur, le sentiment d’étouffement et d’oppression si caractéristique de l’oeuvre de Nihei.

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    1. D’une certaine manière j’ai eu l’impression que le film se voulait une espèce de présentation pédagogique du manga (ce qui n’est pas bête à l’heure où la Master Édition de Blame! est en cours…) ce que je trouve louable dans la mesure où le manga est parfois ésotérique (j’ai eu du mal à le comprendre la première fois que je l’ai lu). Là c’est plus « grand public » aussi je comprends que tu ne t’y retrouves pas car c’est presque un autre univers qui nous est dépeint ici par rapport à celui du manga (cf. les éléments que tu évoques). Je ne connais pas la position de T. Nihei mais j’ai parfois l’impression qu’il regrette la manière dont il a fait Blame! et que ce film l’aide à corriger cela (du point de vue narratif…).

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