Atomic Blonde – L’espionne qui ne venait pas du froid

Adaptation du comics The Coldest City – que l’on verra peut-être traduit en français un jour prochain – Atomic Blonde est un film d’action qui nous emmène dans les derniers instants de la « Guerre Froide » dans une, voire la ville symbole de cette période : Berlin où le mur vacille de plus en plus tout comme certains secrets qui risqueraient d’être éventés…

N.B. : je n’ai pas lu le comics aussi l’avis ne porte que sur le film et minimise les « spoilers » donc même si vous ne l’avez pas vu vous ne perdrez rien en lisant les lignes qui suivent.

Affiche Atomic Blonde

« C’est double plaisir de tromper le trompeur » (Percival)

Il semble que les années 1980 aient encore des choses à nous dire. Que ce soit la musique (écouter Atomic Blonde permet de réviser des « classiques » – vous entendrez Nena – et de faire quelques bonnes découvertes musicales), les films, les arts… cette période semble revenir sur le devant de la scène. Une bonne chose pour les personnes nées pendant cette période et qui n’ont pas pu en « profiter » comme leurs aînés. On pourra donc apprécier les vêtements, les véhicules, les télés… et les clins d’oeil (Stalker, le débat sur le sampling…) à une époque où il n’y avait pas de smartphones ni d’ordis portables à trimballer avec soi. Ce qui n’empêchait pas de poser des micros pour écouter les autres…

Le film commence par le meurtre d’un agent secret à Berlin et le débriefing de l’agent Lorraine Broughton (Charlize Theron) – une des meilleures du MI6 bien sûr – quelques jours plus tard, alors qu’elle s’est rendue dans la ville allemande pour récupérer le corps de l’agent, entre autres choses. Jeu sur les temporalités donc : c’est parti pour un retour dans le passé ponctuellement interrompu par un retour dans la salle de débriefing pour faire un peu d’humour, des bons mots, sauter quelques passages, ouvrir de nouvelles portes…

Les supérieurs de Lorraine sont ainsi peu ou prou dans la même situation que les spectateurs : ils désirent comprendre pourquoi elle est quelque peu cabossée et surtout si elle a pu mener sa mission à bien. Ses missions en fait car outre un emploi du temps bien chargé et la volonté de mettre le grappin sur un agent-double (Satchel) tout ne va pas se passer comme sur des roulettes.

Percival
Percival, qui roule en Porsche, un peu méfiant avant d’accueillir sa collègue…

Berlin, nid d’espions

En effet la couverture de Lorraine est rapidement éventée et le KGB la cueille dès l’aéroport (première scène d’action) et croisera souvent sa route quand le chef de station local, David Percival (James McAvoy), semble prendre leur collaboration un peu à la légère et surtout se servir d’elle. Le jeu peut donc se déployer (oui il y aura une référence à Machiavel), ou l’un veut manipuler l’autre. Coups bas, sous-entendus, entraides de circonstances.. sont donc de la partie. Pour autant les différents enjeux qui seront introduits au fur et à mesure du film ne suffisent pas à faire de Atomic Blonde un film d’espionnage au sens plein.

Parce que ce n’est pas vraiment d’espionnage dont il est question. Le côté agent secret, mission à l’étranger… apparaissent bien vite comme des prétextes commodes pour permettre aux coups (physiques) de se déployer et d’animer Berlin. Le haut de l’affiche est occupé par la baston, les courses poursuites… Si Lorraine n’est pas une quiche (aha) et pose différentes pièces qui vont finir par constituer un beau puzzle, elle paie de sa personne avec des scènes de baston à la fois visuelles (le décor est là pour ça : table en verre, matériel à disposition, lieux choisis…) et auditives.

On notera aussi le jeu sur les néons (et quelques plans qui n’auraient pas dépareillé dans Drive) ainsi que sur les couleurs, élément particulièrement frappant lorsque l’on passe d’une ville à l’autre : Londes n’a pas la même couleur que Paris qui n’a elle-même pas la même couleur que Berlin… Berlin que l’on découvre peu à peu mais la ville n’est pas au premier plan et semble céder le pas à Lorraine, situation du reste soulignée par l’écart existant entre le titre du comics et celui du film.

Ninja
La police allemande en passe de se faire agresser par une… shinobi !

Femme.s des années 80…

Membre du MI6, Lorraine affiche un certain côté James Bond même si elle accroche moins d’hommes à son tableau de chasse que James des femmes. Ou plutôt, les hommes qu’elle accroche ne sortent pas souvent vivants. Si elle fait quand même l’amour et la guerre sa sexualité n’est pas uniquement hétéro’ (voire pas du tout ?) : on a droit à une scène de sexe entre femmes. Bienvenue ou irritante ? Á chacun.e d’en juger. On notera par ailleurs que les habits de Lorraine sont sexy sans trop en faire et qu’elle peut porter du blanc sans se salir (même quand elle se réceptionne au sol, quelle femme !). Le film ne m’a pas donné l’impression de faire du « fan service » pour les messieurs ou les dames.

Reste que le personnage de Lorraine Broughton demeure assez peu creusé dans sa psychologie, renforçant un peu plus le côté film d’action d’abord. Idem pour les autres personnages croisés en cours de route. Si Percival ne s’en sort pas trop mal côté look (même si on pourra se demander s’il n’en fait pas un peu trop…) et présence, si on peut « louer » la touche british apportée par Toby Jones (surtout) et James Faulkner, la présence d’un Basterds (Til Schweiger), le reste des personnages a du mal à véritablement exister pour eux-mêmes (même la frenchie Sofia Boutella) et non comme de simples faire-valoir. S’ils ont un physique, une « gueule » (Spyglass), parfois bien travaillée, cela ne suffit pas à dissiper l’impression qu’il y a Lorraine et les autres.

Enfin, alors que le film avait quelques « audaces », le soufflet retombe avec la conclusion qui « va bien » et qui fait retomber le côté potentiellement corrosif qui pouvait se dessiner. En somme Atomic Blonde devient très sage sur la fin et cela gâche un peu le goût que l’on pouvait avoir en bouche à cet instant.

neon demon

Si atomique que cela ?

En un peu plus de 110 minutes Atomic Blonde propose un produit visuel parfois attirant mais qui s’étire sans doute un peu trop en longueur par rapport à ce que l’intrigue propose. Dominé par la figure de Charlize Theron qui montre qu’elle se débrouille au corps-à-corps le film ne parvient pas vraiment à emporter le spectateur car l’action prend le pas sur les urgences du moment trop souvent laissées en toile de fond.

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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