Fire Punch, vol.1-2 – Ça va brûler dans les chaumières !

« Ma maison et ma collection de films ont cramé.
J’ai buté le responsable. Mais ça m’a pas rendu ma
vidéothèque. Alors quel intérêt d’être immortelle ?
Une vie sans Toy Story ne vaut pas la peine d’être vécue. »
Togata

Sorti cette semaine, le second volume de Fire Punch, de Tatsuki Fujimoto, confirme les heureux présages contenus dans le premier tome paru deux mois auparavant et m’a fait plonger pour de bon dans une série qui, pour être relativement courte (elle devrait faire moins de 10 tomes), n’en promet pas moins d’être intense. En piste pour un de mes coups de cœur 2017.

N.B. : la série étant interdite aux moins de 16 ans, certaines des images présentes dans cet avis peuvent heurter la sensibilité du jeune public.

Fire Punch 1 et 2
Agni sur le tome 1, Togata sur le tome 2. Design de Yôhei Okashita

Winter is here

Dans le futur, un nouvel âge glaciaire règne sur Terre. Les marcheurs blancs n’en sont pas responsables : la faute en revient officiellement à la « Sorcière de glace« , une élue parmi d’autres. Le monde de Fire Punch s’il est composé d’humains « normaux » a aussi des élus soit des personnes dotées de facultés surnaturelles (produire de l’électricité, contrôler le métal, régénérer tout ou partie de son corps…). Parmi celles-ci se trouvent Agni et sa sœur Luna. Ils utilisent leurs capacités régénératives à bon escient : Agni se coupe des morceaux de bras (il se régénère très vite) qu’il donne aux habitants du village où ils résident. Ainsi tout le monde a de quoi manger : la nourriture est devenue un impératif et un bien rare.

Ironie du sort, cette source d’alimentation va causer leur perte : des soldats de Behemdolg – organisation teintée de religion et composée d’élus et d’humains normaux, qui aspire à éliminer la Sorcière de glace et à instaurer une nouvelle société terre de liberté… – s’arrêtent un jour dans leur village. Découvrant des bouts de Agni, le village passe pour un ramassis de cannibales ce qui ne plaît pas à Doma, un élu, qui, par ses flammes inextinguibles, va purifier le village : tout le monde sera réduit en cendres. Tout le monde ? Non ! Car un irréductible demeure : Agni. Précisons : les flammes de Doma dévorent son corps jusqu’à ce qu’il disparaisse… mais celui-ci se régénère – une situation qui n’est pas sans rappeler celle (temporaire) de King Bradley (Fullmetal Alchemist) lorsqu’il reçut la pierre philosophale. Agni est recouvert de flammes mais il est toujours en vie. Luna n’a pas eu cette « chance »…

Agni et Sun première rencontre
Sur sa route, Agni vient parfois en aide à d’autres personnes…

Au terme d’un premier chapitre un peu trop linéaire et chargé en thèmes (l’entraide entre générations, la question de la vie, les liens entre frère et sœur, le renoncement puis l’attachement à la vie…) le manga décolle et nous voilà partis pour une quête vengeresse. Huit années plus tard, Agni a appris à vivre avec la douleur causée par les flammes. Il couvre les étendues glacées à pied pour retrouver et éliminer Doma. Les personnes qui se mettront en travers de sa route seront consumées… par les flammes qui le recouvrent. Nouvelle ironie. Mais comme Agni est encore un « bleu » il doit apprendre à se battre, utiliser au mieux ses facultés : son mentor sera une femme dotée du même pouvoir que lui et vivant depuis plus de trois siècles : Togata. Une aide intéressée car, passionnée de cinéma, Togata veut faire un film dont Agni sera le héros !

L’Habitant enflammé de l’Infini 

En lisant un entretien de l’auteur, j’ai vu que, graphiquement, Tatsuki Fujimoto était « très influencé par M. Hiroaki Samura » (j’espère que les deux auteurs auront l’occasion de se croiser et de dessiner chacun une planche de la série de l’autre !). Ce dernier étant un mangaka que j’affectionne tout particulièrement cela m’a poussé un peu plus encore vers Fire Punch ; plusieurs éléments rapprochent les univers des deux mangakas (vengeance, souffrance, héros qui se fait découper, humour grinçant, violence endurée par les personnages, tristesse des personnages vivant longtemps, arrangements avec la vérité…). Il ne faut pourtant pas en déduire que Tatsuki Fujimoto ne fait que du Hiroaki Samura. Le mangaka développe son propre univers et insère ses propres influences et références qui vont de l’univers du manga à celui de l’animation en passant par le cinéma.

Judah élue
La jeune fille au bras (il s’agit d’une élue du nom de Judah et d’une planche assez samuraïenne dans son essence…)

Et l’auteur pratique avec réussite l’art du contre-pied, pour éviter toute évolution par trop évidente de l’histoire et il revisite ainsi certains lieux communs. Certes on peut deviner certains éléments mais Fire Punch prend, en deux tomes, des directions qui ont tout pour plaire à ceux qui n’ont pas peur de voir des choses peu ragoûtantes. Outre la quête de Agni est ainsi abordée la vie du côté de Behemdolg et, par contraste, celle de ceux qui n’en ont pas voulu. Parce que Behemdolg n’est pas le paradis sur Terre pour les personnes qui ne rentrent pas dans les normes en plus d’abriter des élus aux goûts pour le moins peu compatibles avec le bien commun. Fire Punch c’est aussi l’histoire de l’humanité dans un univers hostile qui ne révèle pas que des belles valeurs, où l’exploitation n’a pas été abolie, où le sacrifice de certains pour le bien des autres reste de mise.

On voit également une interrogation entourant les élus et leurs actes. Les héros se font remarquer mais n’ont guère un comportement remarquable alors que Agni doit apprendre à devenir un héros (le costume car Agni n’est vêtu que de flammes, la détermination, les actes…). Les élus n’œuvrent pas pour le bien d’autrui, ne mettent pas leurs pouvoirs au service des plus faibles. Comme si leurs facultés suspendaient leur sens moral. Un élément particulièrement présent chez les élus capables de se régénérer et ayant, de ce fait, une longue vie. Togata dira à ce sujet que la plupart de ces élus se tuent quand ils ont plus de cent ans (elle-même a retrouvé goût à la vie avec la possibilité de faire son film). Cette forme d’immortalité n’est donc pas sans coût pour la personne qui la possède et comme d’autres séries (Ajin, l’Habitant de l’Infini…) Fire Punch livre ses développements sur le sujet.

Se baigner
Togata et Agni batifolent dans l’eau sous le regard de Neneth, la camera-girl

Last Action Hero

Avec son univers passablement sombre et ses jeux d’opposition (élus/non élus, froid/chaud, mort/vie, sang/neige, ville/désert blanc…) le manga propose une narration qui connaît des ruptures ponctuelles. L’apparition de Togata à la fin du tome 1 en est un bon exemple. Idem dans le tome 2 où le personnage, par ses décisions, ses propos introduit des ruptures de tons tout en modifiant la manière de voir le récit : Togata se trimballe avec une caméra et se comporte comme une réalisatrice devant ce qu’elle voit.  Le tome 2 acquiert ainsi un côté film en train de se faire/reportage ce qui, en plus de détoner dans l’atmosphère permet à l’auteur de justifier ses ellipses et de construire ce qui va arriver à Agni (le héros doit s’entraîner, passer par des épreuves, avoir un costume…). Ce faisant Togata joue le rôle du narrateur, explique les ficelles qu’elle souhaite utiliser… comme une variation dans le genre de celle que proposait Shintarô Kago dans Fraction.

Du côté du graphisme, si on retrouve bien des influences « samuraïennes » (certaines postures de personnages, leur allure, des compositions de pages…), Tatsuki Fujimoto semble s’en émanciper peu à peu pour croquer à sa manière les scènes d’action (avec un découpage qui rappelle les comics), cadrer comme il le souhaite tel ou tel passage. Si les personnages peuvent avoir quelques raideurs, cet élément va en s’atténuant au fil des pages, comme si le film en cours de Togata permettait à l’auteur de mieux exploiter ce qu’il a en tête et souhaite offrir aux lecteurs.

Cut

Résultat
Un exemple d’ellipse astucieusement annoncée

Pour l’édition française, nous sommes dans les standards de Kazé avec un format 13×18 satisfaisant, une bonne souplesse de l’ouvrage et un mini regret sur quelques rares pages où les cases du bas semblent parfois avoir été un tout petit peu rabotées à l’impression (cf. tome 2, page 49). La traduction et adaptation, assurée par Sylvain Chollet constitue une autre force de ce manga tant les propos ironiques de Togata, ses « phrases choc » marquent les esprits et colorent la série (et il y en a pour tous les goûts !). On lit ces passages avec délectation tant les différentes manières de parler des personnages (qui n’ont pas le même vécu, la même vision du monde…) sont bien retranscrites, tant on ressent la folie, l’incompréhension, la colère et les autres sentiments sous-jacents à telle ou telle déclaration.

Tout feu, tout flamme

En somme Fire Punch est une série qui me plaît beaucoup de par ses thèmes (la fabrique du héros, la vengeance, la cruauté et le sadisme que l’on repère ici et là, l’univers post-apo’…), sa narration inventive, son graphisme et sa galerie de personnages. L’irruption fracassante de Togata interroge même sur la place du héros, Agni, qui pour l’instant se fait manger tout cru par sa réalisatrice… de quoi s’intéresser plus encore à son évolution. Le manga donne à voir une humanité profondément divisée, clivée… soit une projection de ce qui pourrait nous arriver si nous étions confrontés à la même catastrophe. Alors si vous avez une envie de lecture, foncez sur Fire Punch, promis le manga ne vous brûlera pas les doigts !

Le shoot de Togata
Togata dans ses œuvres…

Fire Punch copyright

Un grand merci à Kazé Manga et à Anita Jarfas pour son amabilité et sa disponibilité dans la fourniture des planches qui embellissent cet avis.

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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