Fire Punch, vol.3 – Marchera-t-il toujours seul ?

« – Depuis tout à l’heure… Je crois que
j’ai des hallucinations.
– Eh bien, cesse ! C’est pas dans le script ! »
Agni et Togata

Ce milieu de semaine est notamment marqué du côté de chez Kazé Manga par la sortie du cinquième tome de Bestiarius mais aussi par celle du troisième de Fire Punch ! Les deux premiers volumes de la série de Tatsuki Fujimoto ont fait forte impression ; qu’en est-il de celui-ci ?

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Monter sur le ring

Le second tome de Fire Punch avait installé le personnage de Togata de manière tonitruante. En tant que réalisatrice de film elle tirait soigneusement les ficelles pour que son acteur principal suive le script qu’elle désirait. De là à parler de manipulation il n’y avait qu’un pas. En fait, moins d’un pas. Derrière cela se joue un élément central : la différence de vécu entre les personnages. Togata est plus « vieille », ce qui lui donne l’avantage par rapport à Agni, plus jeune et dont l’esprit est dévoré par les flammes de la vengeance ainsi que la douleur ce qui ne facilite pas l’exercice de la pensée. Il a besoin d’être orienté, instruit.

Aussi Agni s’en remet à Togata pour sa vengeance. Il pense qu’il va aller combattre Doma à Behemdolg. Pour l’occasion son aînée lui a préparé une tenue sur mesure, pour qu’il ne soit plus nu. Un nouveau costume pour le superhéros. Et Tatsuki Fujimoto fait alors d’Agni un boxeur qui s’apprête à monter sur le ring. Un long tunnel à parcourir, une capuche sur la tête. Il ne manquerait plus que la musique de Rocky pour que l’univers de la boxe prenne un peu plus de place dans la série…

Mais Fire Punch est une série imprévisible aussi l’auteur va casser le bel agencement de Togata et son côté maîtresse du jeu pour faire revenir Agni au premier plan. Certes il devra encore combattre et utiliser son pouvoir de régénération. Il devra tuer, peut-être même des innocents. Mais ce ne sera pas tout. Par ses actes du côté de Behemdolg et tous ceux qui ont précédé, il va entrer dans une nouvelle dimension.

Boxeur
Le héros s’avance… vers son destin ?

Qui dit vrai ?

La frustration ressentie en fin de volume est alors plus importante que celle éprouvée à la fin du précédent ! C’est le point négatif auquel on ne peut pas grand-chose, sauf à posséder une machine à voyager dans le temps pour se rendre au moins de décembre et se jeter sur le prochain tome. Pourquoi ?

La raison ne tient pas seulement à la progression de l’intrigue, au suspens/cliffhanger du dernier chapitre, aux personnages, à l’univers… Ce sont des éléments que partagent toutes les séries que l’on suit. On veut savoir ce qui va arriver, on s’amuse à deviner telle ou telle voie qui sera confirmée ou infirmée. Avec la série de Tatsuki Fujimoto il y a quelque chose en plus.

D’abord il y a tout ce qui touche au domaine de la vérité. Behemdolg est une organisation bâtie sur un mensonge, Togata ment à Agni… Le nouvel âge glaciaire est aussi celui des eaux glacées du calcul égoïste. Pour reprendre une phrase chère au Docteur House : « tout le monde ment ». Mais pas pour les mêmes raisons : il y a les mensonges qui font tenir une organisation, les mensonges pour faire sourire un être cher, pour mener à bien un film ; les mensonges que l’on racontent aux autres ou à soi-même pour se maintenir en vie…

Divin
La lumière éclairant « Dieu ». Prenez un instant pour regarder la composition de la planche

Exploitez-vous les uns les autres !

Comme dans Le Bon, la Brute et le Truand, le monde de Fire Punch se divise en deux catégories : les survivants de l’ère glaciaire se répartissent entre ceux qui méritent de vivre et les autres, le « combustible » nécessaire à la vie des premiers. Autant dire que la série met à nu l’exploitation ouverte, directe et brutale d’une majorité par une minorité. Une bonne logique capitaliste en somme, avec un nouveau prolétariat exploité par des « capitalistes 2.0 ». Et cette logique est secouée par Agni. La lutte peut s’engager via une modification du rapport de forces.

Ce qui nous amène au troisième élément: les affrontements. Les combats entre élus que l’on voit ici n’ont rien de combats propres, parfaitement réglés. On est bien plutôt du côté des affrontements entre immortels de l’Habitant de l’Infini : Agni est déchiqueté, démembré mais il se relève toujours. Ses adversaires finissent embrasés, comme des victimes de bûchers d’un nouveau genre. Et la durée de vie de personnages à peine entrevus mais qui semblaient prometteurs vu leurs capacités est parfois si courte que l’on se croirait dans l’univers de Biomega !

Du côté du graphisme, on se situe dans le droit fil des chapitres précédents. On repère quelques irrégularités, un jeu sur les proportions, des cuts, bref, l’auteur continue de s’amuser et de torturer ses personnages en les faisant passer par divers états émotionnels. Il en va de même pour le lecteur ! Sylvain Chollet officie toujours du côté de la traduction pour un résultat toujours optimal (une simple interrogation : p. 180, Togata fait un jeu de mots en disant qu’elle se nomme « Tagada » ?).

Togata
Une sombre prédiction de Togata… sera-t-elle confirmée par la suite ?

Et maintenant ?

Agni est un personnage solitaire qui ne peut se lier aux autres de par les flammes qui l’entourent. Cette solitude aussi dévorante que le feu de Doma est-elle en passe d’être révolue pour de bon ? Mystère. Les hallucinations de Agni vont-elles disparaître ou se renforcer ? Mystère. L’univers de Fire Punch apparaît si instable et dangereux qu’à part Agni voire Judah, le futur de tous les autres personnages tout comme la vérité des propos que l’on lit semble des plus incertains. Comme Agni nous voilà donc rongés par des flammes : celles de l’attente du tome 4 !

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Un grand merci à Kazé Manga et Anita Jarfas pour les belles images qui agrémentent cet avis !

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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