Stranger Things, S1 et 2 – Les enfants prodiges

« Friends don’t lie. »
Jane/Onze

La seconde saison de Stranger Things est disponible depuis fin octobre sur Netflix. L’occasion de  revenir sur quelques lignes de force de la série… à voir si elles correspondent aux vôtres ! Présence de quelques spoilers pour une série où les monstres ne se cachent pas seulement sous les lits ou dans les placards.

Stranger Things S12
Une première affiche très Star Wars, une seconde plus orientée Guerre des mondes

Hawkins, une ville trop tranquille

Bienvenue dans l’Indiana ! Hawkins, ville sans grande histoire, que les nouveaux venus aiment ou détestent. Pas le genre de métropole qui attire l’activité et la population. On peut quand même noter la présence d’une zone interdite, propriété du département de l’énergie. La main gouvernementale n’est jamais loin, même (surtout ?) aux États-Unis. Et il s’y passe des trucs « pas très catholiques ». En même temps nous sommes au début des années 1980, Reagan termine son premier mandat, l’URSS est toujours debout alors si les recherches menées peuvent servir pour lutter contre l’ennemi… Faisons confiance à toutes ses blouses blanches immaculées (la recherche n’est donc pas une activité salissante) et hommes en costume que l’on aperçoit.

Oui la série joue avec les théories du complot et une des grandes topiques du genre : le gouvernement ment, cache des choses… Là-dessus la saison 2 tente de gommer cet aspect assez prégnant dans la saison 1. Les personnages sont plus sympathiques que Brenner et ses sbires. On gagne en humanité mais peut-être aussi en amateurisme, la série n’échappant pas à ces moments où l’on peut admirer la prise de décisions pas très rationnelles de la part des personnages. Si on peut le comprendre quand il s’agit d’enfants (même s’ils paraissent agaçants, surtout quand ils décident en criant…*), de la part d’adultes ayant sur les épaules des responsabilités un peu importantes, c’est dommage.

Pour le reste, la ville de Hawkins reste peu exploitée. On repère des lieux (salle d’arcade, cinéma…), on les voit de différentes manières (coucou le monde à l’envers) mais on procède plus par juxtaposition d’images (la maison de Mike, de Dustin, etc.), sans avoir de liaisons entre les lieux qui, ironiquement, seront fournies par le « démon Gorgon » via un réseau qui mêle Ça et Alien. Hawkins et ses environs ne seront pas les seuls horizons explorés par la série : on aura droit à une virée dans l’Illinois même si cela permettra avant tout au personnage en question de mieux revenir pour aider ses amis, parce qu’il a compris là où était sa vraie (?) place. Reste à savoir ce que deviendra 008 dans la suite de la série.

club des quatre
Lucas, Dustin, Mike et Jane/Onze © Netflix

L’enfer c’est les autres ?

La saison 2 de Stranger Things a aussi permis de développer davantage la sphère familiale par rapport à la saison 1. Dans celle-ci il n’y avait bien que la famille de Mike et de Will qui était développée. Ici les familles des autres enfants le sont, ce qui permet de voir différentes configurations familiales ; on ne s’en plaindra pas. Pour autant, les rapports parents-enfants semblent toujours problématiques, la distance entre eux ne s’étant pas forcément réduites. On pourra penser à la mère de Mike qui tente de garder le contact avec ses enfants quand le père s’en fout royalement (ce n’est pas Frank Gallagher mais quand même…) ; aux parents de Steve qui brillent par leur absence ; à la mère de Will et Jonathan focalisée sur le plus jeune et laissant le plus âgé se débrouiller ; au chef Hopper… Bref qu’ils soient parents célibataires, couple battant de l’aile ou famille recomposée c’est rarement l’éclate. Le seul adulte avec lequel le courant passe bien c’est le prof’ de sciences.

Aussi ce sont les adolescents qui doivent se débrouiller et faire face aux problèmes qui leur tombent dessus (violence scolaire, disparition…) ou qu’ils ont eux-mêmes provoqués. En filigrane se trouve une thématique centrale : grandir, la peur des monstres (sans visage) se conjuguant avec la peur du changement qui accompagne cet âge de la vie (collège et lycée) où les sentiments amoureux naissent et engendrent quelques troubles. Plus rien ne sera comme avant. Pour autant la série ne dresse pas un panégyrique des adolescents. Prenons l’exemple du quatuor de départ : s’ils sont victimes de brutalités et remarques pas très sympathiques (l’univers scolaire et aussi celui de la violence), s’ils ont du mal à s’intégrer en dehors de leur petit cercle ils ont aussi, symétriquement, du mal à intégrer des personnes. On le voit avec Onze/Jane dans la première saison (même si le qualificatif « barjot » finira par perdre sa charge négative) comme avec Max dans la seconde – même s’il y a une inversion des rôles : Dustin et Lucas traînent des pieds pour Onze/Jane quand c’est Mike qui râle pour Max.

Pour autant la solution ne consiste pas à se couper des autres. Les liens qui se créent sont au moins aussi envahissants que les tentacules que l’on voit ponctuellement. Outre le personnage de Onze on pourra citer la relation entre Steve et Dustin, le premier confirmant qu’il fait un beau « roi déchu » et qui permet d’aller au-delà du portrait du « fils à papa » qui a tout ce qu’il veut (Nancy…). Un seul être vous manque… Les liens noués permettent ainsi de trouver sa place, voire de recomposer son rôle mais ils ne suffisent pas à éviter tous les défauts de coopération** que l’on voit dans la série, où chacun trace parfois sa route sans arriver à entraîner les autres avec lui. Ce n’est pas encore Bowling Alone mais la « communauté » a parfois du mal à rester unie : ainsi va la vie !

will
Will Byers ou la difficulté d’un retour à une vie normale © Netflix

Il faut sauver Will’ !

Voilà donc une production supplémentaire qui nous plonge dans l’atmosphère des années 1980 par les affiches, les musiques, les programmes télés, les gaufres, les vêtements, les appareils photo’, les talkies (pas de portable !), les voitures… sans compter les diverses références que l’on peut repérer et qui débordent parfois la période (pour ma part : les Goonies, Alien, Madmax, Star Wars, Terminator, the Thing, Stephen King, E.T., Akira, Ghostbusters, Donjons et Dragons, Lovecraft, Atari…). Si cet amas pourrait jouer sur la fibre nostalgique pour les personnes qui ont connu cette époque, il m’a semblé que la série offrait une assez grande liberté pour ne pas être réservée qu’à quelques happy few. Surtout, je n’ai pas cherché les données sur la consommation de tabac mais on fumait autant à l’époque ? Á croire qu’ils ne peuvent pas passer plus d’un plan sans une cigarette à la bouche ! Voilà un danger aussi important que le « démon Gorgon » et pourtant personne ne dit rien !

Je termine en évoquant deux points : le premier renvoie principalement aux personnages féminins***. Si les garçons ne sont pas passifs et que les plus anodins peuvent se révéler très précieux (Bob !) il n’en demeure pas moins que les filles ne comptent pas pour des prunes. On le voit à travers les actions (parfois un peu forcées) de Nancy, Max et bien sûr de Onze/Jane qui sur la fin a un aspect jedi/côté obscur assez marqué. Surtout le film traite de l’absence maternelle (Jonathan, Onze/Jane), de la maternité monstrueuse/dangereuse (la sortie du monde du dehors ressemblant à la sorte d’un vagin – voir notamment la sortie de Jane dans la saison 2) – à laquelle fait écho la paternité monstrueuse de Brenner – quand la perte de virginité fait l’objet d’un parallèle assez suggestif (voir dans la saison 1 les situations respectives de Nancy et Barbara).

Le second renvoie au personnage de Will. Le disparu de la saison 1 est à nouveau l’objet de toutes les attentions dans la saison 2. Si la fin semble suggérer qu’il est sur la bonne voie (une fille l’invite à danser, même si elle le traite encore de zombie…) on ne peut pas écarter le fait qu’il soit à nouveau embêté lors de la prochaine saison, à moins que Dustin (qui a dit avoir eu quelque chose dans la gorge…) ne se joigne à la fête. Stranger Things c’est aussi une série sur la vigilance et le fait qu’il ne faut rien prendre pour argent comptant. Il y a une inquiétude qui parcourt la série, même si les morts restent secondaires, la menace monstrueuse n’étant peut-être que le reflet des monstres enfermés en chacun de nous.

Pb
Dr Owens, Hopper, Bob, Joyce Byers et Mike : un remake de allo Houston on a un problème… © Netflix

 

La vérité est-elle ailleurs ?

Pourquoi Stranger Things plaît ? D’abord parce que la série propose des archétypes qui ont fait leurs preuves pour un univers de ce type (un noir, un rond, des maigres, une rousse, etc.), où les héros ne sont pas les beaux gosses du coin (mais comme le dit Nancy les filles à cet âge sont bêtes…). Je ne ferai pas de parallèles avec d’autres enfants prodiges aperçus en manga car cela nous emmènerait un peu loin mais la proximité, même relative, que l’on peut éprouver avec les personnages participe à l’attrait de la série. Il y a ensuite la bande son et un effort visuel pour dépeindre le monde à l’envers dont on sait finalement encore bien peu de choses. Il y a enfin quelques scènes iconiques (parfois un peu trop). En somme Stranger Things c’est un éveil, celui d’adolescents qui, au collège comme au lycée, découvrent un monde qui peut être cruel et auquel les adultes ne les ont pas vraiment préparé.

 

Notes :

*Pour la palme de la décision la plus stupide irrationnelle qui soit j’hésite entre Dustin qui garde son animal de compagnie et Lucas qui embarque Max dans une chasse au monstre pour lui prouver qu’il ne lui a pas raconté de bobards. Faites vos jeux !

**Cela renvoie, du reste, à une question importante, tant en philosophie politique qu’en économie (à travers la théorie de l’équilibre général) : des agents isolés voire coalisées peuvent-ils produire, par leurs actions et décisions, un résultat collectif optimal ?

***Je ne m’attarde pas sur l’aspect féminin qui peut apparaître chez certains personnages renvoyant pourtant « officiellement » tous les attributs masculins attendus (cf. Billy Hargrove) ou sur l’aspect masculin de Onze/Jane (normal, c’est un numéro avant d’être un être humain dans le labo’ où elle était). Et oui je sais que masculin, féminin sont des catégories construites, etc.

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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