Terra Formars, vol.1-20 – Chroniques martiennes

« Vous êtes plus que des humains. Nous
vous avons octroyé la force nécessaire
à l’accomplissement de votre mission.
Á vous de mettre à profit les aptitudes
que vous a conférées la science pour
écraser ‘le parasite par excellence’« 

Adapté en série animée, en film live (avec Takashi Miike à la réalisation), Terra Formars est un manga de Ken-ichi Tachibana (dessin) et Yu Sasuga (scénario) disponible chez Kazé. Le vingtième volume est paru le mois dernier, l’occasion de brosser un bref portrait d’une série qui donnera des sueurs froides à toute personne craignant les insectes…

terra formars couv

 

Aller sur Mars pour sauver les terriens

L’action se déroule entre la fin du XXVIe et le début du XXVIIe siècles. Á cette époque que, très vraisemblablement, peu de vivants actuels connaîtront, la Terre ne va pas très bien. La croissance de la population a engendré beaucoup d’effets indésirables – Malthus was right? – si bien qu’une idée a pris forme : s’établir sur Mars. Pour ce faire il faut rendre la planète habitable. D’où un processus de terraformation (avec l’envoi de lichens et cafards). Autant dire que le projet mobilise des fonds colossaux et qu’il est possible par une coopération des principales nations de la planète. Face à l’urgence, l’union fait la force ! Mais ce joli discours va rapidement s’effriter.

En effet le but officiel (envoyer une mission pour évaluer si l’installation est possible sur Mars) va évoluer au fur et à mesure que les missions se déroulent. Oui, plusieurs expéditions auront lieu car la mission est moins facile qu’il n’y paraît : il faut affronter les nouveaux habitants de la planète Mars – soit des cafards qui n’ont rien à voir avec les créatures actuelles – et la situation de la Terre évolue aussi. L’expédition qui nous occupe est la troisième (Annex 1) où une troupe de choc (100 personnes) est envoyée sur place pour aider à trouver l’agent pathogène qui décime une partie de la population terrienne. Mais certains cherchent à profiter de la situation pour servir d’autres objectifs pas forcément en faveur du collectif…

Face à une population locale pour le moins hostile, les humains envoyés sont des êtres augmentés. Thématique porteuse explorée dans des séries (Levius, No Guns Life, la bande dessinée La fabrique des corps…) comme IRL (Josiah Zayner), ici les missionnés portent sur eux l’espoir de l’humanité non seulement par leur présence sur Mars mais aussi parce qu’ils sont le fruit d’opérations qui pointent une évolution possible pour l’humain : pourquoi ne pas croiser l’ADN humain avec de l’ADN animal (insectes, crustacés…) afin de nous renforcer, nous rendre plus performants… Voilà la tentation, expression d’une certaine démesure, permise par les impératifs du moment et les avancées de la science.

CAFARD
Le cafard sait jouer de la massue

Mais qui reviendra ?

L’histoire permet alors de voir plusieurs personnages, chacun étant doté de capacités différentes qui peuvent en plus être « boostées » via des injections (pas de contrôle anti-dopage !). S’il n’est pas évident de retenir le nom de tout le monde en première lecture (des fiches perso’ parsèment les volumes), la majorité des personnages bénéficie d’un développement minimal, pour nous faire comprendre pourquoi ils ont accepté d’être là. Certes on pourra remarquer que leurs motivations ne sont pas toujours originales, qu’il y a peut-être quelques clichés ponctuels mais il y a une certaine ironie en ce que les personnages qui sont présentés meurent parfois quelques pages plus loin, même si ce sont des personnages a priori principaux. Pas de pitié dans Terra Formars !

Si la mort est si présente cela vient notamment des cafards. Les humains ne sont pas les seuls à évoluer : les innovations dont ils sont porteurs se sont diffusées… Oui, les cafards ne respectent pas la propriété intellectuelle ! Eux aussi s’augmentent et cela conduit à bien des renversements de situation, des imprévus qui viennent emporter ponctuellement tel ou tel personnage. Si tout cela peut ressembler à un musée des horreurs, on ne peut s’empêcher de noter que ces cafards sont le produit (involontaire) des hommes. Comme une nouvelle version de la créature de Victor Frankenstein.

Autre source de morts ou de disparitions : les coups fourrés tendus par certains membres de la mission Annex 1. Les êtes augmentés ne sont pas forcément meilleurs que les humains « normaux » : la ruse, le mensonge, la trahison sont de la partie. Mais s’il faut se méfier d’autrui, la défiance n’est pas pour autant généralisée car, dans l’adversité se construisent des liens forts, des alliances pour essayer de s’en sortir. Tout cela mis ensemble permet de ne jamais s’assoupir car les rebondissements ne manquent pas, et se déroulent en quelques cases ! Certes l’effet de surprise se dissipe au fil des volumes car on se met à anticiper sur ce qui pourrait se passer mais le scénario de Yu Sasuga est plein de ressources, notamment pour changer le théâtre des opérations…

Les boss
Mais il peut aussi devenir une proie…

 

Quelques pas de côté

Si le fait de voir des humains écrabouiller des bestioles rappellera le très bon Starship Troopers, le manga permet aussi d’aborder, à travers la guerre par procuration que se livrent les nations impliquées dans le projet Annex 1, la question des relations internationales. Certes on ne peut que constater la marginalisation progressive de l’Europe, car le haut du pavé est tenu par la Russie, la Chine, les États-Unis et le Japon. Une configuration quadripolaire qui n’est pas sans posséder quelques racines profondes dans l’histoire du Japon. On pourra donc trouver une certaine mise à jour des questions de conflits territoriaux, de nouveaux « navires noirs » menaçant l’archipel…

Deux autres points ont attiré mon attention. D’abord, la présence de citations au fil du manga (on aura bien sûr, entre autres, Charles Darwin mais aussi Esther Duflo et Abhijit Banerjee !) mais aussi de références à des travaux scientifiques pour expliquer tel ou tel fait apparu devant nos yeux. Les auteurs sont donc investis dans leur manga et ont la volonté de fournir des appuis à ce qu’il nous donne à voir. Ensuite, il me semble que derrière tous les cas envisagés, Terra Formars donne à voir toute la diversité des espèces, leurs capacités. Une manière de nous faire prendre conscience de la richesse de la biodiversité ce qui est loin d’être anodin à notre époque où elle est menacée.

Quelques mots pour les plans matériels et visuels : côté dessin, Ken-ichi Tachibana livre une prestation constante au fil des tomes. La traduction assurée par Sylvain Chollet est de très bonne qualité quand Kazé propose une édition française dans les standards de sa collection seinen.

Cafards évolués
Des cafards évolués… déjà contaminés par le tabac martien ?!

La vie trouve-t-elle toujours un chemin ?

Alors que la COP 23 montre la difficulté pour les pays de tenir leurs engagements quand l’appel des 15 000 suggère de prendre rapidement des mesures (limitation de la reproduction, modification de la consommation…) pour éviter un monde de demain peu agréable, Terra Formars nous présente un futur où la Terre est toujours debout mais à quel prix ! Au fur et à mesure que le passé des personnages se dévoilent on peut voir que le monde demeure inégal, que les forts écrasent toujours les faibles. Sacrifier certains pour que d’autres survivent, la logique demeure constante… Face à cela les humains augmentés de Terra Formars sont-ils le signe d’une nouvelle humanité vers laquelle nous pourrions tendre pour mieux nous adapter à notre environnement et partir à la conquête d’autres planètes ? Ce n’est pas le moindre des mérites de ce manga que d’explorer ces possibles pour montrer que cela n’a rien d’évident… et qu’il importe donc d’agir pour éviter d’avoir à envisager ces questions demain ?

copyright

Un grand merci aux éditions Kazé et à Anita Jarfas pour les images agrémentant cet avis ainsi que pour la fourniture des tomes 14, 16, 17, 18 et 19.

 

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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