Père Fouettard Corporation, vol.1 – Au pied du sapin…

« Ne compare pas l’atelier à une prison,
voyons. Déjà les salaires sont largement
au-dessus des prix du marché. Si tu fais
comme Teppei et que tu bosses à en caner
tu auras presque de quoi vivre dignement.
»
Le Père Fouettard à Miharu

C’est Noël ! Journée riche en cadeaux pour celles et ceux qui ont en reçoivent ou en distribuent. Soit une journée parfaite pour parler de Père Fouettard Corporation, nouveau manga de Hikaru Nakamura disponible chez Kurokawa.

Pere-Fouettard-T1

Ce n’est pas Noël tous les jours

Miharu Hino ne semble pas se préoccuper des fêtes de fin d’année. Son plus beau cadeau de Noël il le cherche dans le monde du travail : ayant lâché l’école il a cumulé les petits boulots. Réalité de l’époque, qui dépasse le Japon : si le CDI n’est pas mort le développement des formes particulières d’emploi (CDD, temps partiel…) fragilise le quotidien et l’avenir de bien des travailleurs, sans parler de la polarisation de l’activité.

Et si la relation d’emploi se fragilise, Miharu ne peut même pas compter sur un environnement de travail apaisant : entre collègues qui profitent de lui, patron et clients pas aimables, le pauvre cumule les tuiles mais tient bon depuis trois ans. Une certaine satisfaction alors que par ailleurs sa vie sociale semble réduite et que son succès sur les réseaux sociaux n’est pas toujours au rendez-vous (coucou ).

Moyennant quelques péripéties, notre héros va alors connaître une « mutation/promotion » : bosser dans le grand froid et le grand Nord (du côté du Pôle) dans une grande entreprise qui offre un bon salaire : celle du Père Fouettard ! Oui pas de Père Noël au programme mais son alter-ego. Hikaru Nakamura nous emmène donc dans un endroit merveilleux, où il est question de produire des cadeaux pour les enfants qui n’ont pas été sages. Même les vilains garnements ont le droit de fêter Noël ! What?!

Joie d’offrir, plaisir de recevoir

La production de ces cadeaux obéit en effet à quelques règles. D’abord ne pas hésiter à passer outre les brevets, la propriété intellectuelle. L’entreprise du Père Fouettard produit des copies de grandes marques sans trop se préoccuper d’éventuelles royalties à verser. Les petites mains derrière cela sont des lutins avec du travail à la chaîne ; les employés humains vivent et travaillent sur place – phalanstère des temps modernes ? – ont des revenus confortables tout en subissant un rythme de travail intense (le rush de Noël) quand certains ne cumulent pas plusieurs emplois pour se faire plus d’oseille. Dans un tel cadre la mangaka fait d’ailleurs un clin d’œil à une œuvre dont l’adaptation manga est parue l’an passé chez Akata : le Bateau-usine.

Toutefois, offrir des cadeaux à des enfants pas sages… tout ceci n’est pas bien juste. Surtout qu’a priori les enfants ne risquent pas de voir leurs cadeaux confisqués pour contrefaçon. La magie de Noël du Père Fouettard est subtile. Déjà pour savoir qui sont les bons et méchants enfants (un peu d’espionnage ne nuit pas si c’est pour la bonne cause non ?) mais ensuite pour déterminer quel cadeau leur donner. Ici interviennent les employés (dont Miharu) doivent se creuser un peu les méninges pour offrir un cadeau qui suscitera chez l’enfant la bonne dose de déception (proportionnelle à leur mauvais comportement).

En filigrane on peut dire que se trouve mis en évidence le fait que la valeur monétaire d’un cadeau n’est pas le seul élément qui entre en ligne de compte. Pour faire simple : les enfants reçoivent des cadeaux qui coûtent un prix similaire à celui qu’ils désirent mais qui, par certains aspects, diffèrent de leur choix optimal si bien que leur satisfaction psychologique sera atteinte négativement. Moyen d’éclairer sous un jour nouveau la (trop ?) fameuse perte sèche de Noël.

La magie disparue de Noël ?

En approchant Noël sous de tels angles, Hikaru Nakamura ne fait pas que renouveler le regard que l’on peut éprouver envers cette fête d’origine religieuse. Bien que nous n’ayons pas au accès au bilan financier de l’entreprise le manga insiste sur la dimension commerciale du phénomène, sur les méthodes pas toujours très « nettes » utilisées mais, surtout, la mangaka remodèle, réadapte le mythe du Père Fouettard et contribue ainsi à revisiter cette figure ; l’occasion d’aller au-delà de la vulgate sur le sujet.

En parallèle, d’autres ingrédients se retrouvent comme : le héros qui doit trouver sa place et finira peut-être par se « révéler » aux autres et à lui-même, l’humour dans les situations voire dans les propos – vous risquez de ne plus voir le Père Noël de la même manière –, le développement des personnages secondaires, le mystère autour du Père Fouettard et d’autres figures… N’ayant pas lu son autre manga (Les Vacances de Jésus et Bouddha) je me garde de faire des comparaisons entre les deux séries.

Du côté de l’édition française, Kurokawa nous propose un manga dans ses standards, que ce soit pour les dimensions comme la qualité d’impression. Sarah Provost livre une traduction de bonne facture même si on note quelques coquilles et passages qui ne sont pas toujours parfaitement fluides.

Petit Papa Noël

La nouvelle série de Hikaru Nakamura offre un premier tome agréable à lire, par ses choix graphiques (mimiques des personnages, design du Père Fouettard, découpage des cases…) et son histoire qui s’insère non seulement dans l’instant de Noël mais aussi dans la période actuelle en traitant de l’emploi, de la reconnaissance, du monde de l’entreprise… Père Fouettard Corporation c’est un manga pour sourire et réfléchir, pile-poil ce qu’il faut en cette fin d’année.

 

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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