Blade of the Immortal – Vers l’Infini et au-delà ?

« Alors on peut mourir nous aussi ? »
Manji à Shizuma

« Je suis fatigué de vivre »
Shizuma

Une fois n’est pas coutume, il sera question dans les lignes qui suivent d’une adaptation cinématographique. Mais pas n’importe laquelle : le film live Blade of the Immortal (l’Habitant de l’Infini), réalisé par Takashi Miike (pour son centième film !), qui s’inspire du manga du même nom de Hiroaki Samura. En 140 minutes est-il possible de proposer une adaptation qui fasse ressentir tout ou partie de la puissance de ce manga monumental ?

Affiche Blade of the Immortal

La vengeance est un plat qui se mange chaud

Dans le Japon de l’ère Edo vit Manji, un samouraï errant immortel i.e. que son corps abrite des vers qui soignent ses blessures. Il y a 50 ans il a perdu sa petite sœur au cours d’un règlement de comptes où il a perdu un œil mais décimé une centaine d’adversaires. Depuis il (sur)vit sans but réel jusqu’à ce qu’une jeune fille, Lin Asano, vienne le trouver pour qu’il soit son garde du corps et lui permette de se venger d’une bande d’individus (le Ittô-Ryû) qui a emporté sa famille. Rédemption  en ligne de mire ou moyen de trouver enfin la mort, Manji finit par accepter. La traque peut commencer.

Le film va alors alterner différents affrontements, certains en noir et blanc (au début, lorsqu’il est question du passé de Manji) avant de passer à la couleur. Il y a de quoi faire (le film s’adresse aux plus de 16 ans) même si Takashi Miike ne rend pas le résultat insoutenable. Il y a des membres qui volent, du sang qui gicle mais une certaine retenue (à travers les plans, les vêtements qui couvrent…) s’observe, qui ne fait pas tomber le film dans le gore ou le trash. Les combats ont d’ailleurs un aspect western, si bien qu’on a l’impression d’être plongé dans un Il était une fois dans l’Ouest, sauf que les personnages ont des lames et non des armes à feu entre les mains.

Autant dire que le rythme offert est élevé et souffre de rares temps mort : les échanges entre personnages sont synthétiques, c’est le prix à payer pour parvenir à boucler l’intrigue. Une intrigue qui reprend assez fidèlement le déroulement des premiers tomes du manga avant d’accélérer et de couper pour nous offrir un final d’une vingtaine de minutes environ qui va s’efforcer de conclure l’histoire. Une tonalité et un rendu d’ensemble quelque peu différents par rapport au manga d’où un rendu d’ensemble qui pourra surprendre.

Manji et Shizuma
Non, ce n’est pas un nouveau genre d’acupuncture que Manji utilise © Hiroaki Samura / Kodansha © 2017 « Blade of the Immortal » Film Production Committee

Fidélité et changements

Takashi Miike a été respectueux du matériau de base : les vêtements correspondent à ceux du manga (mais Manji n’arbore pas la Svastika), idem pour les noms des personnages. Physiquement ils sont assez fidèles à ceux du manga (même si j’ai été moins convaincu pour Makie et Manji) aussi vous pouvez sans problème deviner qui est qui avant même que les noms ne soient énoncés pour peu que la série de Hiroaki Samura vous soit familière. Pour autant, la psychologie des personnages a été retouchée : si Manji a toujours son franc-parler, Makie (une « escrimeuse » du Ittô-Ryû) explicite bien davantage les recoins de sa personnalité (un peu trop parfois) quand Kagehisa Anotsu (leader du Ittô-Ryû et ennemi numéro un de Lin) bénéficie d’une fin bien moins mémorable que dans le manga (il n’est pas le seul).

Blade of the Immortal offre aussi des scènes qui feront sourire les téléspectateurs : de Habaki Kagimura dégustant des onigiri pendant que le combat fait rage au splash sanglant de Shira dans l’eau en passant par les répliques de Manji (qu’elles soient humoristiques voire cinglantes) et quelques éclaboussures et envolées « tarantinesques », le film implante des moments de relâchements dans l’action voire après (il faut voir Manji râler alors qu’il essaye de récupérer la main gauche qu’il s’est tranchée quelques instants auparavant pour être plus libre de ses mouvements) tout comme des échanges affectueux (Lin et Manji). Il y a une légèreté (relative) qui rend le film plus doux que ce que les premiers instants laissent présager.

Aussi à travers les 140 minutes de cette production, on voit apparaître certaines différences par rapport au matériau de base. Déjà parce qu’avec son rythme le film écrase le temps et procède par ellipses ce qui confère à l’ensemble une unité telle que, pour un peu, on a l’impression que tout se déroule en quelques jours. De plus, au fil du film, la capacité de régénération de Manji va être limitée (comme Wolverine en son temps) et certains thèmes vont être davantage mis en avant : la force de rappel du passé, des souvenirs et la force que l’on peut en tirer. Ou le désespoir… La douleur est aussi de la partie, physique comme mental, tout comme une certaine cyclicité du temps (le petit-fils Anotsu est ostracisé comme le grand-père).

 

Makie A
Makie et son arme fétiche © Hiroaki Samura / Kodansha © 2017 « Blade of the Immortal » Film Production Committee

 

Le compte est-il bon ?

Dans ce déluge d’action, on ne peut que saluer la performance des acteurs principaux. Tous donnent une contenance à leur personnage, rien ne sonne creux. Une implication salutaire même si certains personnages occupent une maigre portion dans le film (Giichi et Hyakurin par exemple), réduisant leur passage à quelques répliques. Cette réduction s’observe aussi dans les affrontements notamment ceux entre Manji et Shira voire entre Kagehisa et Habaki. Moyen de rappeler que les combats ne durent souvent que quelques secondes dès lors qu’une ouverture est exploitée par l’un des deux adversaires. Mais cela réduit le souffle du film.

En effet, un des points importants de l’Habitant de l’Infini concerne sa galerie de personnages et le duo Kagehisa-Makie. Ici, en dehors de Lin et de Manji il n’y a pas vraiment de personnages qui émergent. Certes cela sert le propos du film qui tourne autour de la vengeance de Lin, l’interroge ponctuellement, mais on aboutit à une réduction des enjeux, de la portée des thèmes, de l’exploitation de l’époque et de l’univers en même temps que la complexité, la profondeur des personnages est entamée. On s’attache bien moins à eux quand certaines scènes feront bondir par le culot de la réalisation.

Quelques mots sur cette dernière : la copie livrée est de bonne facture. La caméra bouge lors des scènes d’action (il n’y a pas ou rarement de plans fixes), elle tourne autour de Manji, de Kagehisa… comme le tourbillon de sang en train de naître à leurs pieds. On retrouve bien le côté crasseux des combats (même si le lendemain les vêtements sont à nouveau 100% neufs) tout comme la fluidité des mouvements de Makie lorsqu’elle combat. De plus à travers les plans, le côté resserré des paysages, des lieux explorés on voit une clôture, comme si la vengeance qui anime les personnages les enfermait dans un vase clos où ils devaient tous s’entretuer car à la fin il ne peut en rester qu’un…

 

Manji et les cadavres
Quelques cadavres et un survivant... © Hiroaki Samura / Kodansha © 2017 « Blade of the Immortal » Film Production Committee

Que vaut une vie ?

Avec Blade of the Immortal Takashi Miike livre un film live qui remplit le cahier des charges côtés rythme, action, humour. Avoir entre les mains 140 minutes de ce genre ne se rencontre pas tous les jours. Toutefois, en un seul film, l’adaptation ne peut qu’amputer l’œuvre d’origine sur plusieurs points. D’où un univers moins bien exploité, des scènes marquantes absentes ou alors traitées sommairement (notamment à la fin…). Celles et ceux qui sont familiers avec le manga devraient donc rester sur leur faim tant la poésie sanglante et magistrale de Hiroaki Samura ne se retrouve qu’à quelques rares endroits.

 

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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