Adam et Ève – L’empire des sens

« Nous devons être des ombres, des fantômes
qui œuvrent dans le plus grand secret ! »
Smell

Sortis en novembre dernier, les deux tomes d’Adam et Ève nous emmènent du côté de Tokyo, dans un club privé où quelques yakuzas réunis pour l’occasion vont devoir affronter deux adversaires assez particuliers. Qui sortira vivant du club imaginé par Hideo Yamamoto et dessiné par Ryoichi Ikegami ?

Adam et eve

Les démons de la nuit

Il fait nuit. Phares allumées, une Porsche file à travers Tokyo pour s’immobiliser, en dérapage contrôlé, devant un club privé du quartier de Kabukichô. Signe particulier : le véhicule paraît vide. Pourtant, il ne s’agit pas d’un prototype de véhicule sans conducteur. Des gants sont présents sur le volant, et on remarque aussi des chaussures… Vous brûlez : le véhicule sportif transporte deux personnes. Un homme et une femme qui ont la particularité d’être invisibles. Cela tombe bien : les personnes à qui elles vont rendre visite possèdent aussi quelques propriétés intéressantes.

Sept yakuzas sont en effet réunis dans un salon privé du club. En compagnie de plusieurs femmes destinées à améliorer l’ordinaire, ils devisent avenir et équilibre entre force et intellect. Sans partir dans des digressions « tarantinesques », s’affirme la volonté de donner un coup de pied dans la fourmilière et de remodeler la mafia japonaise. Outre des positions importantes, la quasi-majorité de ces personnes (que des hommes) a développé à l’extrême un des cinq sens ou un sixième. Ce ne sont pas les sept nouvelles merveilles du monde mais il y a là une galerie de personnages avec des gueules qui sont tout sauf fades. Le trait de Ryoichi Ikegami a parlé.

voiture vide

Petit massacre entre amis

L’action se déroulant dans une salle d’un club privé, Adam et Ève se révèle donc être un huis-clos où la fuite n’est pas une option. Alors même que la porte n’est pas loin pour s’enfuir, l’intrusion des deux êtres invisibles va conduire à un déferlement de violence et de morts, les yakuzas montrant par là que l’équilibre entre force et intellect n’est pas toujours bien respecté. Habitués à tuer, ils semblent même prendre un certain plaisir à traquer leurs deux proies. Á moins que ce ne soit l’inverse…

Car si on ne peut les voir, le recours à d’autres sens permet de se faire une idée de leur position, voire de leur état d’esprit. Smell joue d’ailleurs le rôle du commentateur improvisé, du chauffeur de salle, ce qui donne un côté décalé aux événements. Comme s’il s’agissait d’un jeu sanglant. L’excitation change : les filles présentes ne les intéressent plus vraiment, on oublie les projets de coup d’état ; ils ont trouvé de nouveaux jouets… même si les filles peuvent toujours être utiles, pour un sourire façon Joker ou les calmer de façon peu orthodoxe. La danse macabre peut s’enclencher. Et le compte à rebours des yakuzas toujours debout se déclencher, chacun se frottant, tour à tour aux deux intrus.

coup de pied
La chaussure de monsieur… et madame n’est pas en reste !

Quelle finalité ?

Il importe de clarifier un point : n’espérez pas avoir de réponses aux questions que vous vous posez en parcourant les pages. Le manga part dans tous les sens, s’efforce de fournir des explications (plus ou moins accessibles) sur certains événements qui se passent. Mais il ne propose pas une réflexion sur la force, la condition d’être invisible (même si on retrouve des points abordés par exemple dans Hollow Man), de yakuza ou sur le travail dans les clubs privés. Non il s’agit plutôt d’un récit trash, où l’égalité des sexes n’est pas à l’ordre du jour et où les excès sont légion.

Cette remarque étant fait, le récit peut alors être lu et apprécié pour ce qu’il est : la réunion de deux auteurs qui ont chacun leurs petites obsessions et penchants qui se retrouvent au fil des pages. L’important n’est pas dans le développement des personnages, mais dans la lutte à mort entre yakuzas et invisibles. D’où le déluge graphique proposé par Ikegami, le récit barré (mais qui ne perd pas le lecteur) de Yamamoto. Le fait d’avoir des êtres invisibles poussent le lecteur à imaginer, à reconstruire la posture des personnages car on ne voit que leurs chaussures. Au fur et à mesure des pages on s’enfonce dans une folie que la dernière ligne droite du manga ne parviendra que modérément à infléchir.

vue de haut
Une vue de haut, qui rappellerait presque le Club des Divorcées

 

On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux

 

En environ 500 pages, Adam et Ève nous propose une virée excessive à bien des égards.  Mais c’est dans ces excès que les lecteurs apprécieront ou non que réside la patte des deux auteurs. L’édition française bénéficie d’une bonne qualité d’impression, qui permet d’apprécier le trait de Ikegami, quand la traduction de Yohan Leclerc s’insère sans difficulté dans l’univers de la nuit dressé par Yamamoto. Il s’agit donc d’un manga qui ne prend pas de gants (dans tous les sens du terme) pour proposer une virée sans retour qui n’est pas sans attrait.

copy a et e

 

 

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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