30 ans de manga en France : et maintenant ?

Lors du dernier Festival International de la Bande Dessinée (FIBD) d’Angoulême, une conférence s’est tenue pour dresser le bilan de « 30 ans de manga en France« . Moyen de reconnaître la place prise par ce support dans le paysage de la bande dessinée, qui a de nouveau été récompensé avec Je suis Shingo de Kazuo Umezz.

La conférence était animée par Xavier Guilbert, entouré de Christel Hoolans (Kana, Le Lombard), Stéphane Duval (Le Lézard Noir), Laurent Lefebvre (Coyote Mag, en remplacement de Thomas Sirdey) et Dominique Véret (Koï Studio). Petit retour sur ce qui s’est dit à cette occasion.

La conférence a duré environ 90 minutes. Impossible donc de proposer un traitement exhaustif de tous les thèmes qui pouvaient surgir sur un tel sujet (évolution du prix des manga, édition, données quantitatives…). Pris par le temps, seulement une question a été posée par le public. On peut penser que, si le manga continue à être présent au FIBD il y aura d’autres occasions d’évoquer ce qui ne l’a pas été.

Après avoir rappelé que le titre de la conférence pouvait être discuté (il y avait déjà du manga en France il y a 40 ans, le choix des 30 ans se réfère implicitement à l’arrivée des premiers gros titres : Akira…) Xavier Guilbert propose une périodisation en trois temps : diabolisation, appropriation, acceptation tout en montrant que d’hier à aujourd’hui, des attaques sont portées contre le manga, avec des déclarations parfois abracadabrantesques. Là-dessus l’accord est unanime pour dénoncer ce type de propos.

Si la voie suivie par le manga a été pavée de difficultés, que rien n’est acquis, on peut souligner comme le fait Laurent Lefebvre qu’il a tiré le monde de l’édition et qu’il a été assimilé : une grande partie des manga d’aujourd’hui ne fait pas partie de la contre-culture. Aussi des évolutions sont survenues : apparition de plusieurs éditeurs, labels, collaboration entre auteurs français et japonais, travail en direct avec le Japon (Ki-oon par exemple). Tout cela permet une offre conséquente même si cela ne représente qu’une petite partie de ce qui est produit au Japon et que certaines thématiques restent peu exploitées (bien-être, « shôjo », arts martiaux…).

Le fait que les intervenants proviennent de divers horizons révèlent des différences dans les sujets abordés comme dans les réponses. Ainsi Dominique Véret a mis en lumière les questions d’argent (le manga reste un business) ainsi que la situation parfois (très) précaire de certaines petites mains qui contribuent à faire les manga : traduction (même s’il y a la reconnaissance du prix Konishi), adaptation, lettrage… il y a pas mal de personnes qui travaillent beaucoup et parfois malgré des positions élevées sont peu voire mal rémunérées (bien sûr on peut supposer que les grilles de rémunération ne sont pas forcément les mêmes d’une maison d’édition à l’autre).

La question du manga dans les médias, notamment la presse a été évoquée. Tous les types de manga ne sont pas représentés pareillement dans la presse généraliste ou spécialisée. Laurent Lefebvre est clair sur le sujet : les magazines doivent se vendre par conséquent il faut que les titres proposés conviennent au lectorat pour ne pas le perdre. Il ajoute que les meilleurs spécialistes du manga ne travaillent pas ou plus dans la presse.

On a aussi pu voir des différences d’approche, notamment à propos de Japan Expo. Là où Christel Hoolans vante le contact avec les lecteurs et le côté « foire-fouille » de l’événement, Stéphane Duval est plus mesuré : le Lézard Noir ne tient pas de stand, la JE ne correspond pas au Japon qu’il connaît. Dominique Véret souligne pour sa part que la JE possède différentes facettes, qu’il n’y a pas que l’aspect marchand.

Les avis sur l’avenir du manga en France font l’objet d’un optimisme mesuré. Stéphane Duval a confiance en l’avenir avec pas mal de veille et le fait qu’il prenne son temps pour sortir des titres. Christel Hoolans comme Dominique Véret évoquent la question du renouvellement du manga avec tous les titres qui sortent chaque année. Ce ne sont pas les projets qui manquent, les thématiques à explorer mais il faudra trouver de la place pour tout. De son côté Laurent Lefebvre évoque l’idée d’une fin de cycle et de nouvelles formes de publication : lâcher la bride aux auteurs, prépublication en ligne pour voir si cela marche, création directe avec des éditeurs français… Rendez-vous dans 30 ans pour voir comment cela a tourné !

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

2 réflexions au sujet de “30 ans de manga en France : et maintenant ?”

  1. Très intéressant ! (même si trop court).
    Je pense que le regard sur le manga commence à changer aussi parce que les éditeurs mettent de plus en plus en avant des oeuvres qui traitent des sujets difficiles et pas forcément évidents J’ai en tête A silent voice, Perfect world, et dernièrement Eclats d’âme. (Mais faudrait pas que ça devienne un argument de vente non plus, ce que j’ai l’impression de plus en plus).

    Et puis il y a aussi le fait que le Lézard noir a réussi, je pense, à imposer l’idée de « manga d’auteur », notamment avec le succès de Chiisakobe, grâce à une comm’ efficace. Du coup, les gens se rendent peut-être compte que ce n’est pas qu’un truc de gosse.

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    1. Bonjour anon et merci de ton commentaire !

      Oui c’est court, j’ai eu la même impression à la fin de la conférence mais la retranscription renforce encore plus cet aspect. :/

      Tout à fait, les lignes éditoriales, les stratégies suivies finissent par porter leurs fruits. Ne serait-ce que voir des affiches publicitaires pour les manga (même si cela reste encore très minoritaire) cela représente un sacré changement et montre qu’ils s’inscrivent dans le paysage avec en plus des titres forts, ce qui permet aussi de redécouvrir des titres plus anciens.

      Après c’est clair que le côté commercial n’est pas en reste mais je trouve que cette tension entre culture et commerce (pour aller très vite) est consubstantielle (pas sûr du terme) à cet univers, l’époque doit vouloir cela.

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