Éclat(s) d’âme, vol.1 – Fêlures adolescentes

« Pourquoi je dois supporter leur air dégoûté
quand ils me regardent ?! Pourquoi je devrais
me faire lyncher par ces connards ?! »
Tasuku

Il suffit parfois d’un camarade trop curieux pour que le château de cartes que l’on a bâti ne s’effondre. Une vidéo découverte, une info’ qui circule, une réputation qu’il faut maintenir, préserver sa face. Mais le masque se fissure. Et si le mensonge à soi-même était pire que le regard des autres ? Plongeons dans le premier tome d’Éclat(s) d’âme, de l’auteur.e Yuhki Kamatani pour répondre.

Eclatsdame T1

Hasard

Hier se tenait sur France Inter une émission portant sur les ados et la pornographie. Si je n’ai pu en écouter l’intégralité, deux éléments ont attiré mon attention : le premier sur le fait que les ados interviewés pour une étude avaient facilement accès au porno’ (et parfois avant l’âge de 12 ans) ; le second était qu’à la puberté, les jeunes étaient souvent seuls face à cette évolution. Pas de rite de passage, pas forcément d’interlocuteur pour en parler, se repérer d’où une personne seule face à ses ressentis, ses envies et devant cheminer par elle-même pour trouver des réponses, des modèles, comprendre ce qui se passe…

Or, ces deux éléments sont précisément ceux qui interpellent dès que l’on commence la lecture d’Éclat(s) d’âme. Tasuku voit un recoin de sa vie déployée par un de ses camarades alors qu’il est en classe, à deux jours des vacances d’été. Une vidéo porno gay sur son smartphone ça fait mauvais genre. Même si certaines camarades de classe interviennent les garçons ont parfois la cédille qui s’évapore, et y vont de leurs regards et petit couplet sur les « pédés », « tapettes » et autres formules bien insultantes et stigmatisantes quand ils ne versent pas dans les analyses comportementales… Nouvel avatar des violences subies à l’école (et en dehors).

Tasuku et l hote
Tasuku et l’hôte…

S’accepter

La première réaction de Tasuku consiste à essayer d’éteindre l’incendie. Ensuite c’est l’appel du vide, l’envie d’en finir. Envie qui ne se concrétisera pas, Tasuku voyant une jeune fille sauter dans le vide un peu plus loin… et en ressortir vivante. Curieux il va la suivre et cette rencontre lui apprendra l’existence d’un club de discussion. L’occasion de rencontrer des personnes qui ne le jugent pas et qui, au moins pour certaines d’entre elles sont homosexuelles. La parole pour (se) libérer. Mais plutôt que d’échanger dans une pièce, Tasuku va participer à leurs activités : réhabiliter des maisons. Déconstruire pour reconstruire, la métaphore est installée.

Tout ne sera pourtant pas simple pour lui. Le lendemain de l’incident du smartphone, alors qu’il espère que rien n’a changé ses camarades s’en donnent à cœur-joie et derrière l’humour gras, les insultes et un climat général insupportable, Tasuku craque : les mots sortent, les lignes se distendent (le fond rejoint la forme), moment d’oscillation frénétique le temps que le jeune garçon parte et trouve refuge au club de discussion. Le volume sert alors au héros à accepter ce qu’il ressent et éprouve, à ne pas s’enfermer dans une voie sans issue, où il réprimerait ce que son cœur lui dit. De quoi aller plus loin par la suite ?

Mots et maux
Le genre de propos qui met super à l’aise…

Parle avec eux

Mais le coming out est loin d’être aisé. Haru, jeune femme membre du club de discussion le montre. Elle a quitté son ancienne vie où le fait d’être lesbienne était mal vue (je vous passe tous les clichés qui lui sont servies). Redémarrage à zéro du côté de Onomichi, la petite ville où se déroule l’histoire. Si elle vit avec Saki, qu’elles s’aiment, cette dernière ne l’a pas officialisé pour le moment. L’acceptation sociale de l’homosexualité est loin d’aller de soi. Alors il faut faire avec, se disputer parfois, espérer toujours. La suite nous montrera sans doute quel avenir se dessine pour les membres du club de discussion et leur hôte.

L’hôte n’est autre que la jeune fille aperçue par Tasuku. Personnage mystérieux, androgyne, sorte de version féminisée du garçon dont Tasuku est amoureux il a tout d’un fantôme par ses apparitions, disparitions, ses sauts… en même temps que tout le monde le voit. Il introduit donc comme une sorte de distorsion dans l’espace et les propos de Haru à son endroit sont assez énigmatiques. Des propos qui nous permettent d’aborder, sans transition, la traduction et l’adaptation réalisée par Aurélien Estager. Rien à redire : on ressent à la fois les différences de registres (entre les élèves, les adultes…), tout comme l’intensité des propos, leur ton, la méchanceté ou, au contraire, la bienveillance. On lit sans s’arrêter.

Salon de discussion

 

Le garçon qui ne voulait pas être coupé en deux

Avec son titre qui interpelle, Éclat(s) d’âme s’offre un premier volume abouti graphiquement, Yuhki Kamatani  offrant un graphisme qui s’adapte parfaitement aux situations tout en proposant des moments d’évasion/d’explosion très réussis (voir notamment les fins du chapitre 2 et 3). Le contenu tient la route. Il n’y a donc pas grand-chose à reprocher à ce début. Quelles directions seront empruntées par la suite ? Plusieurs voies se dessinent et il faudra attendre a priori le mois de mai pour connaître les développements de cette série à suivre.

 

copy eclats dame

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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