Destins Parallèles – elle -/- lui -, vol.1 – Parallélisme entraînant

« Malgré ce qu’elle t’a fait subir et
tout le mal que tu peux en dire on
comprend à la vue de ces larmes
que tu l’aimes encore beaucoup… »
Chihiro

Lecture croisée au programme avec un avis portant sur deux volumes qui traitent de la même histoire ! C’est le pari relevé par Daisuke Imai dont les volumes 1 de Destins Parallèles – elle – et Destins Parallèles – lui – sont parus en France chez Komikku éditions à la fin du mois de février. Direction l’université de Rakuhoku de Kyôto, ses clubs et ses bousculades fortuites qui ne sont pas sans conséquences.    

Destins parallèles E et L
Mettre les tomes côte-à-côte n’est pas sans intérêt…

Une affaire de points de vue

Faire paraître chez deux éditeurs différents la même histoire mais abordée du point de vue d’un garçon (Yukichi) et d’une fille (Chihiro), les deux étant inscrits dans la même faculté. Bienvenue dans le nouveau manga de Daisuke Imai. Chaque tome contient le premier chapitre de l’autre, incitation supplémentaire à lire les deux car chacun permet d’approfondir ce que propose l’autre et, chemin faisant, d’apprécier la narration, l’intrigue développée par l’auteur. J’ai commencé par le point de vue de Chihiro puis Yukichi : ordre optimal ou bien avez-vous procédé autrement ?

Loin de tout angélisme, Daisuke Imai dépeint le monde étudiant (l’action se situe majoritairement dans l’enceinte de l’université) avec ses bons et ses mauvais côtés : la vie en dehors des cours, les garçons qui tournent autour des (jolies) filles, certaines qui se constituent un harem… quand d’autres misent gros sur certaines activités. Les vacheries ne sont pas absentes. Et bien sûr si on a une faiblesse dans son jeu il est délicat de l’assumer. Il faut sauver la face (à l’instar de Tasuku dont il était récemment question), mentir (le mensonge, un fondement de la vie sociale ?). Yukichi finira par casser ce mouvement, assumer ses actes passés (pourquoi il est là et pas dans une meilleure université) pour repartir du bon pied. Mais entre ce qu’il veut et ce qui se passe il y a un écart. La raison cohabite avec le cœur ; les deux ne sont pas toujours synchrones.

bloc
Mettre en scène la mauvaise surprise © 2015 Daisuke Imai (AKITASHOTEN) Komikku édtions 2018

Le jeune qui lisait des romans d’amour

Un paradoxe se dessine : Yukichi porte un discours très rationnel, se retrouve en fac’ de sciences humaines et voudrait tout réduire en équations (1). Pourtant, il lit des livres sur l’amour (qu’il dissimule derrière des jaquettes qui font plus « sérieux »), a envie de comprendre comment ça marche. L’amour c’est important mais compliqué. Il faut dire qu’il est amoureux de la star de l’université, Hinata (qui n’a rien à voir avec le personnage de Naruto), et la réciprocité n’est pas tout à fait de rigueur. Il y a de la contradiction chez le jeune homme mais il en est conscient, même s’il ne l’avoue qu’à demi-mots. Les autres la voient pour lui.

Á cette manière d’être s’oppose – en partie – celle de Chihiro. Elle arrive à l’université alors que Yukichi y est déjà depuis un an. La jeune fille ne veut pas faire de vagues, est du genre à rester dans son coin (héritage douloureux des années passées) mais elle abrite une gentillesse, une grandeur qui pourrait passer pour de la naïveté mais qui sont traitées avec bienveillance par l’auteur. Et il suffit de pas grand-chose pour qu’elle resplendisse (on remarquera qu’elle abandonne rapidement ses lunettes). Sa rencontre avec Yukichi est un choc, parce qu’il ose l’ouvrir et ne pas être invisible dans le décor. Décalage entre l’image publique et privée. Les deux étudiants vont se rapprocher mais là aussi rien n’est simple, tout tracé.

percussions
Fuir une douleur, ne pas regarder devant soi © 2015 Daisuke Imai (AKITASHOTEN) Komikku édtions 2018

Nos étoiles contraires

Les Destins Parallèles offrent donc la rencontre entre deux personnes qui, a des degrés divers, ont été blessées par la vie, par les autres. On retrouve alors des similitudes avec une autre série remarquable, March comes in like a lion. Car en dehors des personnages principaux, les personnages secondaires ne sont pas en reste et contribue à faire avancer l’histoire, à mettre leur grain de sel pour aider ou non le duo principal. L’humour est distillé comme il faut, on se prend de sympathie pour plusieurs d’entre eux. Et tout cet ensemble nous ramène à deux questions simples mais essentielles : le grand amour existe-t-il ? L’amour est-il une affaire de destin ?

S’il m’a fallu quelques cases pour m’adapter au rendu du nez des personnages, Daisuke Imai livre une copie maîtrisée, l’organisation des planches, l’avancée de l’intrigue, la manière de rendre les réactions des personnages, leur psychologie, l’alternance entre paroles et pensées des personnages principaux tout comme le jeu dans les titres des chapitres (parfois similaires entre les volumes, parfois non), les postfaces… tout cela participe d’un plaisir certain nullement remis en question par une édition française aboutie. Les deux volumes sont traduits par Fabien Nabhan ce qui permet une homogénéité entre les tomes en même temps que certains passages m’ont paru moins fluides que d’autres (« elle va déjà bientôt se terminer« , « tu es sûre« , p. 16 et 20).

chihiro
Métamorphose © Daisuke Imai 2015 / Futabasha Publishers Ltd. et AKITASHOTEN Komikku édtions 2018

« Les paroles d’une personne que l’on aime ont réellement le pouvoir de détraquer une vie. »

Destins Parallèles – elle – et Destins Parallèles – lui – représentent donc une lecture croisée stimulante, avec une profondeur et une densité qui ne laisseront pas indifférent. Il est question de clubs, d’amour, de larmes – parce que l’amour fait mal parfois –, de curry, d’une vie étudiante animée où l’essentiel se joue en dehors des amphis… Daisuke Imai offre un récit parfaitement « étalé » sur les deux premiers tomes et ce ne sont pas les indications à la fin des volumes sur la suite qui viendront diminuer l’envie d’en savoir plus !

 

(1) De là à en déduire que les sciences humaines sont réticentes à la formalisation (notamment mathématique) et qu’il y aurait une incompatibilité entre les deux il y a un pas que je me garderai bien de franchir.

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s