« Ce ne sont pas l’apparence ou les poses mais les actes d’une personne qui en font un super-héros » – un entretien avec Hiroya Oku

Cette semaine marque la fin de la parution de Last Hero Inuyashiki chez Ki-oon. Fidèle à ce qu’il avait annoncé, Hiroya Oku aura fait tenir son manga en dix volumes. Une série qui propose un héros masculin de 58 ans (et qui fait plus que son âge) tout en nous offrant un éclairage parfois cru sur l’univers des réseaux sociaux. En compagnie de deux de ses éditeurs, Hiroya Oku est revenu sur ce manga, son travail et sa consommation de films lors d’un entretien paru l’année dernière.

Les lignes qui suivent proposent une traduction de la version anglaise. Bonne lecture !

N.B. : N’ayant aucune compétence en traduction, l’entretien n’a aucune prétention en matière de qualité même s’il a pu bénéficier d’une relecture et de suggestions judicieuses (mille mercis !). Je reste seul responsable des erreurs éventuelles.

 

tome 1

Shiota (éditeur) : Lorsque nous avons débuté Last Hero Inuyashiki en 2014 et que j’ai reçu le manuscrit du premier chapitre, je me rappelle qu’Oku-sensei avait dit : « si les lecteurs adhèrent à ce manga, je crois que j’aurai réussi à faire quelque chose d’inédit ».

Hiroya Oku : Je travaillais encore sur Gantz pour le Weekly Young Jump et vous m’aviez fait une proposition : je pouvais travailler sur ce que je voulais pour le magazine de prépublication Evening. La norme d’alors était que le personnage principal d’un manga devait toujours être beau, même si c’était improbable dans son contexte. Alors je me suis dit que si je pouvais dessiner ce que je voulais, je modifierais ce point. Au début je pensais faire d’un gamin virginal pas très beau le protagoniste de l’histoire mais quelque chose clochait quand je dessinais. Alors j’ai changé pour dessiner un vieil homme et c’est ainsi que l’idée d’Inuyashiki a vu le jour.

Shiota : En règle générale, un éditeur travaille avec le mangaka sur tous les chapitres. On prend différentes mesures pour définir ensemble le concept de l’histoire, avoir une esquisse de chaque chapitre puis avoir différents retours (feedbacks) avant d’arriver à la version finale du chapitre. Toutes ces étapes n’ont pas été suivies pour Inuyashiki. Oku-sensei m’a présenté un manuscrit achevé. En tant qu’éditeur c’était la première fois que j’expérimentais cette situation. Lorsque je demandais à Oku-sensei ce qui allait se passer ensuite il se contentait de me répondre : « Vous verrez bien… » (rires). Je pense que ce qu’il voulait d’un éditeur c’était qu’il soit son premier lecteur.

Oku : Peut-être. Je me souviens vous avoir montré des ébauches du premier chapitre et vous m’aviez dit : « c’est bien ». Après cela, je n’ai pas eu à consulter des éditeurs. J’étais complètement libre de faire ce que je voulais et heureux de cette situation.

Shiota : Le climax du chapitre 1 m’avait laissé très étonné.

Tamura (éditeur) : Il s’agit de la scène où un objet non-identifié détruit le corps d’Inuyashiki. Pour dissimuler cet acte, les responsables utilisent une machine si puissante qu’elle pourrait détruire la Terre, pour reconstruire le corps d’Inuyashiki. La scène était si bien dessinée que je ne pouvais pas en détacher les yeux.

Oku : Il m’a fallu à peu près cinq jours pour la réaliser. (rires)

Tamura : C’est grâce à ce procédé qu’Inuyashiki peut voler. Ces scènes de vol sont elles aussi impressionnantes.

Oku : J’étais obsédé par ces scènes.

Shiota : Je me rappelle que vous récoltiez beaucoup de matériaux différents pour dessiner ces scènes. Vous êtes même allé jusqu’à faire affréter un hélicoptère. Mais avec un hélicoptère il est difficile d’avoir un plan rapproché du sol.

Oku : Je voulais montrer tout le processus de décollage. Je me suis renseigné sur les hélicoptères télécommandés et c’est à cette occasion que j’ai appris l’existence des drones. Á l’époque les drones n’étaient pas aussi développés qu’aujourd’hui, ils n’étaient pas utilisés pour filmer des scènes de film.

Shiota : Pour la scène où Inuyashiki et Hiro s’affrontent en survolant une autoroute nous ne pouvions pas survoler une autoroute avec le drone. Alors nous avons affrété un bus à deux étages et avons pris des photos du niveau supérieur du bus.

Oku : J’ai beaucoup apprécié votre aide pour cela.

inuyashiki en vol

Shiota : Je me souviens que vous aviez dit aimer dessiner les rides d’Inuyashiki.

Oku : Le corps humain n’est pas plat. Il y a de la peau sur les os. J’étais heureux de dessiner l’articulation entre la peau et la structure osseuse (rires). En temps normal je veux seulement dessiner des filles nues mais dans cette série je dessinais toujours un vieil homme nu.

Tamura : Vouliez-vous dessiner un Inuyashiki plus héroïque ?

Oku : Pas particulièrement. Inuyashiki a l’air d’un vieil homme bossu. Ce ne sont pas l’apparence ou les poses mais les actes d’une personne qui en font un super-héros. C’est un véritable héros de ce genre que je voulais dessiner à travers l’histoire d’Inuyashiki.

Shiota : J’ai toujours voulu demander à Oku-sensei ce que cela signifie de dessiner une personne dans un manga ?

Oku : Cela revient à dessiner un personnage qui vous donne l’illusion qu’il pourrait exister dans la vie réelle. Au point où vous pouvez imaginer ce que ferait cette personne dans telle ou telle situation. Pour arriver à ce stade, vous devez avoir un très bon sens de l’observation et recommencer un grand nombre de fois vos dessins.

Tamura : Même si Ichiro Inuyashiki est un cyborg, il a l’air d’un être humain réel avec ses expressions, actions, et même les mouvements imperceptibles de son corps.

baston

Pourquoi Inuyashiki ?

Tamura : Pourquoi avoir nommé ce manga Inuyashiki ?

Oku : Au Japon, il y a des personnes qui ont le nom de famille Nekoyashiki (littéralement : la demeure du chat) mais aucune avec Inuyashiki (la demeure du chien). Aussi j’espérais que ce manga apparaisse en premier lorsqu’une personne taperait Inuyashiki sur un moteur de recherche. Lorsqu’il est écrit en hiragana il est particulièrement difficile de dire de quoi traite ce manga. Je ne voulais pas faire un « manga trop cool » dans la foulée de Gantz. Je voulais rendre ce manga ambigu pour que les gens se demandent : « De quoi s’agit-il ? » Et puis je suis un grand amoureux des chiens. (Rires)

Shiota : Au départ Oku-sensei pensait qu’une offre d’adaptation animée était peu probable, parce que le personnage principal est un vieil homme. En réalité nous avons reçu la proposition assez tôt dans le manga, tant pour l’animé que pour le film live.

Oku : Oui, je me revois en train de dire : « Ne vous attendez pas à recevoir une offre de quelque sorte que ce soit pour cette série » (rires). Mais, de manière surprenante, il y a eu une offre pour une adaptation animée qui est arrivée bien plus tôt comparé à Gantz.

Tamura : L’équipe de production de l’animé m’a fait forte impression lorsque je l’ai rencontrée la première fois. Ils étaient en train de lire le manga, ils partageaient la compréhension qu’ils en avaient et collaboraient tous ensemble pour faire l’animé.

Oku : Je suis impatient de voir tant l’animé que le film live.

Shiota : Depuis le début Oku-sensei a déclaré : « Last Hero Inuyashiki tiendra en dix volumes ». Et comme vous l’aviez annoncé, le volume final, le dixième, vient de sortir.

Oku : La prépublication s’est bien déroulée et heureusement j’ai pu l’achever en dix volumes.

Shiota : Comme Oku-sensei l’a dit : « Ces dix volumes sont l’équivalent d’un film ». Si vous n’avez pas encore commencé à lire ce manga, je vous recommande de tout lire d’un coup ! (rires)

lhi 10

Regarder des films chaque jour

Shiota : Est-il exact que vous regardez des films tous les jours depuis que vous êtes adolescent ?

Oku : Oui, à ce jour je regarde quotidiennement un film.

Tamura : Qu’avez-vous regardé récemment ?

Oku : Alien : Covenant qui était plutôt bien.

Shiota : Ce n’est même pas pour dessiner des manga, vous semblez les visionner pour le plaisir. Et si vous ne le faites pas, vous vous endormez. (rires)

Oku : C’est un moyen de déstresser. Je suis accro aux films. Dernièrement je ne suis pas très énergique à moins d’avoir vu un bon film récemment.

Shiota : Je me rappelle d’Oku-sensei disant : « Je veux transmettre mes histoires à travers mes manga ». Vos art et production sont incroyables mais ce ne sont que des outils pour raconter des histoires. Qu’est-ce qu’il faut pour vous pour faire une bonne histoire dans un manga ?

Oku : Hum… La question n’est pas de savoir si c’est ou non une « bonne histoire » mais plutôt de mes goûts. J’aime véritablement le divertissement en général donc les histoires où l’objectif du protagoniste est évident dès le début. J’aime ces histoires qui me donnent les éléments pour anticiper l’évolution du personnage principal dans ce monde fictif, ce qui me donne envie de découvrir ce qui se passe ensuite.

Tamura : Dans Last Hero Inuyashiki, vous avez décrit le monde d’Internet de façon plutôt réaliste.

Oku : Une partie de moi a toujours souhaité décrire ce qui se déroule dans le monde où je vis. J’ai toujours introduit la réalité et des événements de la vie réelle depuis que j’ai commencé à plancher sur Gantz.

Shiota : J’ai travaillé pour un magazine prépubliant des shônen. Á mes yeux Oku-sensei est LE mangaka du seinen. Oku-sensei qu’est-ce qu’un magazine seinen pour vous ?

Oku : Les magazines seinen, comme leur nom l’indique, sont destinés à un public mature. Aussi ils constituent des plateformes sur lesquelles je peux dessiner ce que j’aime en tant qu’adulte. Ils ciblent les adultes, pas les enfants, et offrent un large éventail de liberté pour ce que je souhaite exprimer.

Tamura : Je suis impatient de voir votre prochain travail ! Tout comme je suis impatient de travailler à nouveau avec vous.

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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