Fire Punch, vol.5 – Ce moment où tout bascule

« Il est un peu tard mais ça y est.
Je viens de comprendre qui je suis
vraiment. En fait c’est moi, le
méchant, dans l’histoire. »
Agni à Togata

Il était attendu et il n’a pas déçu. Le cinquième volume de Fire Punch est disponible depuis peu. Et il continue d’appuyer sur l’accélérateur pour mieux anéantir les espoirs des personnages et des lecteurs qui souhaiteraient un peu de douceur dans ce monde de brutes. Un univers toujours impitoyable qui démarre dès les premières pages.

fire-punch-5

Continuités

Cela ne vous aura pas échappé : la jaquette du tome 5 fait directement écho à celle du volume précédent. Logique : en parcourant les chapitres on observe une continuité, sur au moins deux points. Le rôle de l’éducation d’abord : évoquée par Togata dans le tome 4, le sujet est de nouveau sur le devant de la scène, par Neneth d’abord et, surtout, Doma. On notera d’ailleurs que le propos de ce dernier fait tellement écho à ce que racontait Togata que cette dernière est interpelée (voyez sa réaction dans le chapitre 43). Le plus grand mal de cet univers n’est donc pas là où on le croit.

Le second point est la suite de l’échange entre Togata et Agni suite à la « révélation » qui surgissait à la fin du tome précédent. La fantasque Togata tombe le masque. Un grand déballage, nécessaire, qui permet d’un peu mieux faire le tour du personnage (les souffrances qu’elle tait, le sentiment de perdre la raison…). On peut ne pas se sentir à sa place dans son corps, faire avec et puis un jour la goutte d’eau fait déborder le vase. Les personnes qui apprécient Togata sortiront sans doute encore plus entichées d’elle.

Surtout, l’échange qui a lieu avec Agni permet d’aborder la question de la compréhension : est-il possible de comprendre autrui malgré les différences ? Il est aussi question d’un vaste sujet, qui montre que l’univers de Fire Punch n’est pas libéré de l’impérialisme du paraître : le physique joue sur la perception que l’on a de soi-même et que les autres ont à notre endroit. Ce qui influence, en retour, notre capacité d’action, notre estime de soi. Agni n’aurait pas eu la même célébrité s’il avait été petit, maigre, avec un visage difforme.

Cinéma
Agni n’aurait pas dû dire qu’il ne prendrait qu’un pop-corn

Faux espoirs

Pour autant, ce tome a une tonalité un peu plus douce que les précédents. Se confirme l’idée que Togata joue le rôle de la grande sœur d’Agni, qu’elle est essentielle pour que l’édifice tienne. Á eux deux ils vont tout casser, leur complémentarité va bien au-delà de la réalisatrice et de son acteur principal. Et puis on voit une communauté qui tente de se construire sur de bonnes bases. L’espoir de l’humanité ? On peut le penser. Le redressement en marche, surtout qu’Agni paraît vouloir passer à autre chose, pardonner. Le mot est lâché. On peut échapper à la vengeance.

Mais Tatsuki Fujimoto est aux manettes et il nous rappelle qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours… Le héros enflammé marche, il sourit, jusqu’ici tout va bien. Et voilà qu’arrivent des planches qui font penser à un film. Agni s’immobilise, les flammes continuent de danser sur lui et ce sont des images qui lui reviennent. On alterne immobilisme du personnage et parasitage par des images douloureuses. Tout remonte à la surface. Dr Agni et Mr Fire Punch sont toujours là.

La suite ne gâte rien. Un chapitre 46, quasiment silencieux, qui alterne présent et retour dans le passé. Retour sur un drame, un de plus dans cet univers. Il n’y a pas besoin de bruit, de mots, on complète l’absence de dialogues, ce silence de mort qui participe un peu plus encore à immerger le lecteur dans ce qui se passe. On voudrait détourner les yeux mais ce n’est pas possible.

 

Masked man
Masked Man

La vie c’est d’abord des rencontres

Et nous aurons à peine le temps de reprendre notre souffle que le suspens de fin de volume nous plonge encore dans une nouvelle épreuve tandis qu’Agni rencontre à nouveau une vieille connaissance. Le repos c’est pour les morts. Les vivants doivent être en mouvement (pour fuir parfois, profiter de la vie rarement), une situation que symbolise Agni, lui qui ne peut jamais s’arrêter, dort peu étant donné sa condition et consume ce qu’il touche.

Outre les rencontres entre les personnages, ce volume inaugure aussi un entretien (qui se poursuivra dans les tomes 6 et 7) entre Tatsuki Fujimoto et Hiroaki Samura ! Vous pouvez retrouver le début de l’entretien croisé ici ainsi que l’esquisse d’un dessin réalisé par les deux auteurs. On remarquera, d’ailleurs, qu’une scène de Fire Punch (dans le chapitre 46) ressemble à un clin d’œil à l’Habitant de l’Infini avec une arme très particulière… que les lecteurs de ce manga de sabre reconnaîtront sans peine.

Côté matériel, ce nouveau volume est dans le droit fil des précédents. Bonne qualité d’impression, pas de dialogues coupés, manipulation sans difficulté pour une lecture optimale. Sylvain Chollet continue de proposer une traduction fluide, jouant de la ponctuation pour doser le débit de paroles, continuant à faire sourire avec les phrases choc de Togata et ses emportements. Et on en apprendra un peu plus sur le contenu de sa vidéothèque qui a brûlé.

neige
Après avoir batifolé dans l’eau (T1), Togata et Agni font une bataille de boules de neige !

« Pourquoi m’imposes-tu ça ?! »

Ce qui se passe en t ne présage en rien de ce qui se passera en t+1. Fire Punch c’est l’instabilité, l’incertitude sur ce qui va se passer à la page ou au chapitre suivants. Bien malin celui qui pourra deviner ce que l’auteur a en tête si ce n’est : ne rien épargner à ses personnages, leur donner de l’espoir, nous en donner, pour mieux le retirer aussi vite que possible. La route d’Agni et des personnes qui sont encore debout promet d’être animée et sans repos. Pas le temps de s’ennuyer ! Rendez-vous en juin pour le prochain tome, ainsi que pour la parution du tome 1 avec une jaquette alternative dans le cadre de l’opération Rediscover.

Copy FP 5

Un très grand merci aux éditions Kazé et à Anita Jarfas pour les planches du volume !

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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