Green Mechanic, vol.1 – Circuits empathiques

« J’ignore comment prendre ma vie en main…
Et c’est ma peur de l’inconnu qui m’a poussé à
ne jamais tenter quoi que ce soit… »
Misha

Á l’heure des résumés de quelques lignes, le premier volume de Green Mechanic de Yami Shin se différencie dès sa jaquette où nous attend un synopsis plutôt copieux. Un écho au contenu du volume où les paroles sont nombreuses ! Peu de temps mort au cours de cinq chapitres qui nous emmènent sur une Terre encore habitable et parcourue par des divisions qui sont autant de repères pour pénétrer dans la série.

Green Mechanic Tome 1
Misha et Reborn qui a pris forme humaine

Un avenir radieux…

Les préoccupations concernant l’avenir du monde ne sont pas nouvelles. En plus d’occuper les scientifiques elles se retrouvent aussi dans les autres productions humaines que sont les fictions visuelles, littéraires… Aussi Green Mechanic se trouve dans une veine riche et nous dépeint un univers… pas vraiment entraînant. La Terre apparaît sous un jour bien triste : l’espérance de vie est courte (et encore, on ne parle pas de l’espérance de vie en bonne santé…), il faut trimer pour trouver de quoi vivre (les arbres et les animaux ne sont plus, les machines ont pris le relais) et l’humanité s’entasse dans la Mégapole si elle ne veut pas vivre dans les marges, terres de désolation et d’ordures. Une dichotomie qui évoque bien des souvenirs (Judge Dredd le film, Ergo Proxy, Gunnm – même si la division y est verticale).

Á cette première division s’en ajoute une deuxième dans la Mégapole. Vivre là-bas n’apporte même pas la sécurité élémentaire : ne pas voir sa vie menacée. En effet les humains sont attaqués par des Ersatz, monstres immortels, pas toujours repérables à l’avance. Tous les dix ans une grande rafle a lieu, où de nombreux humains sont enlevés. Que deviennent-ils ensuite ? Nul ne le sait. Misha, l’héroïne de Green Mechanic a survécu au dernier rapt mais elle y a perdu son meilleur ami, Mickael (la personne dont le robot a pris l’apparence). Elle voudrait le retrouver… mais la tâche, on le devine, ne sera pas simple.

Car Misha ne peut pas se prévaloir d’aides, de soutiens, de relais. Elle a vécu dans un orphelinat où Mickael semble être la seule personne à ne pas l’avoir rejetée. Depuis Misha vit seule, a du mal à nouer le contact avec d’autres personnes jusqu’à ce qu’elle tombe sur un robot (elle vit de la récupération de pièces robotiques) vieux… mais pas obsolète ! Le contact avec la machine va lui permettre de nouer des liens avec d’autres humains. Et on apprendra que Misha a quelque chose en plus : la capacité à lire le cœur, des autres, savoir quelles émotions ils ressentent tout en les partageant. Une empathie sur-développée qu’elle ne maîtrise pas encore parfaitement mais qui révèle un potentiel intéressant au fil du tome, en lien avec les Ersatz… et qui pourrait valoir à Misha l’intérêt d’un certain nombre de personnes.

Rencontre
Premier contact

… et une humanité à découvrir

Dans l’univers où gravite Misha les humains ne sont pas absents mais, ici aussi, des divisions se repèrent. Outre celle entre riches et pauvres,  on observe aussi une division entre population civile et la Milice, sorte d’armée chargée de protéger la population des Erastz. Avec un succès relatif (certaines zones sont délaissées…) ce qui interroge sur un lien potentiel entre la Milice et les Ersatz… On compte aussi quelques humains qui tentent de régler les problèmes par eux-mêmes dont le groupe des Renforts. Composé de trois personnes (Setsuna, Neil et le chef, pas encore aperçue pour le moment), c’est avec lui que Misha va faire un bout de chemin. Ils l’ont sauvé alors qu’elle était attaquée par des Ersatz et touchée au cœur. Depuis elle leur donne un coup de main en échange de leur aide pour retrouver Mickael.

Leur rencontre change donc le quotidien de Misha. Elle aide, bouge, ouvre la fenêtre qui la retenait prisonnière. Son développement n’en sera que plus intéressant à suivre. Surtout, le temps passé avec les Renforts permet de questionner les évidences. Les Ersatz ne sont pas tous des monstres qu’il faut éliminer. Par rapport au discours servi dans les médias une vision plus fine, moins caricaturale s’impose. Ils ne sont pas tous à mettre dans le même sac, certains peuvent être secourus, ont besoin d’aide. Une situation qui possède bien des résonances avec notre réalité…

Autre élément à noter : les Renforts permettent aussi à Misha d’utiliser Reborn pour affronter les Ersatz ! Ce dernier prend en effet la forme d’une armure recouvrant Misha et lui permettant de mieux exploiter son don comme ses capacités physiques. Pas de météores de Pégase à attendre mais une Misha avec un regard différent, plus affirmé et qui semble prendre goût à cette condition. Transformation physique et mentale donc qui remet sur la table la question de l’alliance entre l’humain et la machine. Une augmentation de l’humain que l’on peut aussi retrouver chez d’autres personnes car les prothèses mécaniques existent. Neil, par exemple a deux bras greffés mais il n’échangera pas des coups avec Levius ou Edward Elric : ses prothèses le font souffrir et porter des sacs de course représente une épreuve pour lui.

Ersatz
Prendre un Ersatz par la main…

Des doutes et de l’humour

Ainsi les hommes ne sont pas tous des monstres physiques. Certains souffrent de leurs prothèses, d’autres ont disparu (Mickael). Les personnages féminins occupent aussi toute la place qui leur est due que ce soit Misha, Setsuna ou encore du côté de la Milice avec une nouvelle venue qui devrait croiser la route des Renforts un jour prochain. Green Mechanic propose donc un bon équilibre entre ses personnages : Misha n’écrase pas le reste du « casting » et le duo qu’elle forme avec Reborn permet d’apporter une touche d’humour, à l’instar du duo Setsuna-Neil.

 

 

Ce premier volume interpelle aussi par les doutes qui parcourent l’histoire. Doutes au sujet des Ersatz, de la Milice, du devenir de Mickael… qui font écho aux doutes parcourant Misha. Un personnage principal avec des formes (du balai la taille mannequin), à la recherche d’une plus grande assurance, dont les hésitations et les doutes débordent largement le cadre du manga et on soupçonnerait presque qu’ils ont pu parcourir l’auteure… comme tout un chacun. Les situations et les images utilisées pour instiller le changement ont une finesse à signaler.

Pour le rendu graphique, Green Mechanic se caractérise par une constance au fil des pages. Il n’y a pas de fausse note, de profils ratés, etc. L’organisation des planches évolue page après page et nous avons droit à quelques double-pages qui en mettent plein les yeux. Pour un premier volume on ne peut que saluer la maîtrise et la régularité dont l’auteure fait preuve. Surtout qu’il y a des jeux autour du noir, blanc, gris… une palette de variations s’observent si bien que l’on peut même se demander ce que donnerait la série si elle était totalement en couleurs. L’exécution est donc à remarquer, Ki-oon livrant une édition conforme à ses standards habituels avec des pages couleurs au début.

Reborn se transforme

Vivre sa vie

Le premier volume de Green Mechanic nous présente une héroïne dont l’évolution ne demande qu’à se poursuivre dans un univers soigneusement décrit et agencé tout en semant, ici et là, des pistes potentielles pour la suite de la série (vrai rôle de la Milice, prochaine rafle à venir, chef des Renforts pas encore aperçu, le passé de Reborn…), tout en n’oubliant pas de terminer sur une situation bien animée pour ne pas faire chuter la tension. Alternant les moments de calme et d’action, les dialogues et l’introspection, la série débute sous de bons auspices et on ne peut que souhaiter que cela se poursuive !

 

Green Mecha copy

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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