Emerald – Le joyau de la couronne ?

Après nous avoir fait voyager dans l’URSS du petit père des peuples (Snegurochka) puis offert un menu découverte (Halcyon Lunch), le troisième acte des aventures de Hiroaki Samura chez Casterman en 2016 a pour nom Emerald. Emerald et autres récits, si on veut être précis. Par rapport aux deux autres œuvres précitées, celle-ci rassemble plusieurs récits, parus entre 2004 et 2009 sur l’archipel. Hiroaki Samura nous offre d’ailleurs, en fin de volume, un petit commentaire pour chacune de ses réalisations (où l’on apprendra qu’à une époque il postait six dessins par jour sur la communauté Jojo’s Bizarre Adventure de Mixi).

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Un kaléidoscope de personnages et d’histoires, capables de nous surprendre

Remarque préliminaire : l’œuvre est sortie au Japon sous le titre Sister Generator car les histoires « avaient toutes des filles pour personnages principaux » (Hiroaki Samura). La présence féminine est en effet un élément commun aux différentes histoires qui nous sont proposées (à l’exception d’un très court récit sur le mah-jong, exclusivement masculin), histoires qui s’offrent au lecteur sous de multiples facettes.

L’humour d’abord, avec des lycéennes parlant de tout et surtout de rien, en passant par une fille qui doit écouter une déclaration amoureuse enregistrée (et guère réussie) et une collégienne qui vit avec un aspirant mangaka et l’aide dans la réalisation de sa série. On pourra ajouter tous les petits apartés présents au cours des pages et joliment rendus par la traduction française de Aurélien Estager en plus de ses notes en fin d’ouvrage. (Pensez à regarder sous la jaquette du volume pour voir une partie de cartes amusante.)

La contemplation ensuite, avec des illustrations disséminées tout au long du volume, qui permettent d’arrêter sa lecture un instant et d’apprécier le trait de l’auteur, toujours aussi attirant et percutant.

Un aspect réfléchi (voire roublard) est également de mise avec les personnages de Rosalie et Sarah dans le western réalisé par Samura. Les femmes ne comptent pas pour des prunes, on le savait déjà, une nouvelle confirmation nous est apportée.

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Une certaine surprise se fait jour chez le lecteur, notamment avec « le Festin de Brigitte » dont le début fait penser à Bradherley no Basha. L’intrigue prendra toutefois une orientation très différente par rapport à cette autre série de l’auteur pour nous offrir une fin qui, à l’instar de celle de « Emerald », surprend par rapport au point de départ. C’est aussi vrai pour « Shizuru Kinema », où les dernières pages introduisent une pointe de tristesse, émanant d’une confrontation entre ce qui a été et ce qui aurait pu être. On remarquera aussi que certains propos de la mini-série « Cet uniforme qui nous colle à la peau » ne sont pas aussi légers que les autres, même s’ils ne durent qu’un instant (cf. la fin du troisième épisode).

Enfin, vient une certaine neutralité, où le lecteur se trouve seul juge de ce qui s’offre à lui. Cela concerne plus particulièrement « Le Grand Show de la famille Kuzein » où l’on découvre une relation masochiste entre un père et sa fille (la mère est morte) – avec fille > père. Pour autant, c’est à nous d’apprécier la configuration proposée par l’auteur et de voir ce que nous en pensons (est-ce mal ? est-ce notre affaire de juger ?).

Hiroaki Samura ou l’art de la diversification

S’il est un élément que les récentes parutions de Hiroaki Samura illustrent, c’est à quel point le mangaka sait s’éloigner du cadre qu’il suivait avec l’Habitant de l’Infini. Par rapport à cette œuvre marquante par son trait, sa violence et sa beauté, le mangaka nous montre au fil de ses productions à quel point il sait jouer avec les registres et s’échapper de son œuvre phare pour explorer différents terrains.

Son style graphique se reconnaît rapidement, on peut voir, à travers les récits offerts dans Emerald une évolution dans son trait. Ainsi entre « Emerald » (2004) et  « Le Grand Show de la famille Kuzein » (2009) on peut remarquer que le trait de l’auteur évolue par petites touches, par exemple dans la manière de rendre une chevelure, en même temps qu’il s’adapte à l’univers mis en place (le western d’un côté, le Japon contemporain de l’autre).

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Rosalie et Jimmy Weed

Cette diversification est-elle sans risque ? Reprenant un propos présent dans une autre revue, on peut se demander si Emerald et autres récits convient à tous les lecteurs ou bien davantage à ceux qui sont familiers de l’auteur. La question est ouverte et pour ma part, il est agréable de voir, à travers les récits proposés, différentes facettes de Hiroaki Samura se déployer, qui nous renseignent sur l’auteur et lui donne un côté amusant, aussi décalé que ses personnages.

« Le français est la langue de Dieu, l’anglais celle des voleurs et l’allemand est le braiment des ânes… »

S’il fallait un mot pour résumer Emerald ce serait celui de surprise. Surprise qui se niche dans des successions de propos parfois décousus (à dessein) et qui font sourire. Surprise entre les dernières pages d’un récit et celles qui ont précédé, où le dénouement déconstruit ce que le récit avait bâti jusque-là. Surprise enfin dans les thèmes explorés, où l’on passe du coq à l’âne en quelques pages, ce qui donne à Emerald l’aspect d’un concentré d’émotions prêt à nous saisir à chaque page.

N.B. : Les images présentes dans cette revue le sont à une fin purement illustrative et restent la propriété de Hiroaki Samura, Kodansha et Casterman.

Publié par

Anvil

Lecteur de manga, manhua, manhwa... visionneur d'animés, films... et de plein d'autres "trucs" car ma curiosité n'a (presque) pas de limites. Je suis touche-à-tout sans être bon à rien. Les avis présents ici n'ont, par conséquent, aucune prétention si ce n'est celle d'offrir un point de vue sur une œuvre qui m'a interpellé. Vous pouvez me retrouver sur Twitter : @Anvil_G ; sur Sens Critique : Anvil et ailleurs... See you Space Cowboy!

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